Pourquoi les enfants ne font pas ce que les parents leur demandent de faire, et surtout pourquoi les parents doivent-ils toujours répéter plusieurs fois.

  1. Ils ne partagent pas nos priorités. Faire le bain, se préparer pour partir, ranger la chambre, tout autant de choses qui deviennent impératives pour nous, n’ont que peu, voire aucune  importance pour eux, surtout s’ils sont en train de faire autre chose. Jouer est leur travail, leur priorité, car c’est comme cela qu’ils apprennent et qu’ils prennent du plaisir, alors que pour nous, adultes cela a perdu presque toute importance. De là, nous comprenons comment le décalage de priorités engendre, la frustration. Soyez assuré que cela les frustre autant de vous entendre répéter que vous de devoir répéter.
  2. Nous les avons entraînés à nous accorder de l’attention que lorsque nous élevons la voix ou menaçons de punir. Aïe ! Vraiment ? Oui vraiment. Les enfants s’adaptent et intègrent  les stratégies de communication que nous instaurons. Si notre stratégie est de répéter, l’enfant apprend que, en ne réagissant pas, il s’accorde du temps pour ce qu’il est train de faire. Ainsi il attend le signal ultime: le moment où vous élevez la voix ou annoncez la conséqeunce. Si nous avons pris l’habitude d’user et d’abuser de la méthode : « je compte jusqu’à 3 », nous avons entraîné l’enfant à attendre que nous ayons fini de compter pour éventuellement répondre. Et je dis intentionnellement éventuellement car, faisant l’expérience que cela ne fonctionne pas comme attendu, bien de parents s’arrêtent de compter à 2 ¾ sans jamais atteindre 3. L’enfant apprend donc qu’il n’y aucune urgence à répondre ou à collaborer.

Solution: Capter leur attention avant de poser sa demande: 

« Hey les Loulous, excusez-moi, j’ai quelque chose à vous dire, vous m’écoutez? Et attendre qu’ils lèvent la tête  

« Leo je viens pour t’avertir que cela va être l’heure du bain. Encore 5 min et on y va. Tu m’as entendu? » Et attendre qu’il acquiesce même s’il faut l’interpeller une seconde fois.

3. Leurs fonctions cérébrales sont encore imparfaites. La partie frontale du cerveau, là où se développe l’habilité à passer d’une chose à l’autre, à faire des choix, en l’occurence entre ce qu’il veut à ce que nous voulons, cette aire du cerveau met du temps à fonctionner spontanément et efficacement. Ainsi l’enfant aura plus tendance à répondre impulsivement en rapport direct avec son désir. Il répondra positivement lorsque son envie de se connecter à vous est plus forte que l’envie de continuer à faire ce qu’il fait. Chaque fois qu’il agit ainsi il entraîne cette faculté à switcher d’une occupation à une autre. Cela l’entraîne à l’auto-discipline. En criant ou menaçant, on bloque le cerveau, on l’empêche d’accéder à sa capacité de faire un choix et bien sûr, on lui enlève l’envie de se connecter. Qui souhaite se connecter à quelqu’un qui crie?

Solution:  trouver un moyen de lui donner l’envie de collaborer plutôt qu’attendre de lui d’obtempérer dès qu’on le lui demande.

« Poussin c’est l’heure du bain. Je sais tu joues encore alors pendant que tu finis moi je vais te préparer une baignoire pleine de mousse toute douce avec tes châteaux d’eau préférés.  Je t’attends là-bas. »

4. Ils ont besoin de plus de soutien pour vivre les moments de transition. Les transitions sont des moments difficiles pour les enfants, qui ne possèdent pas les capacités de passer d’une chose à l’autre très rapidement et surtout pas sans préavis. C’est la raison pour laquelle les transitions sont autant sujettes à crises d’opposition en tout genre: cris, refus, désorganisation, oublis obligeant  de retourner 5 fois dans la maison etc.

Relire: 9 choses  que votre enfant aimerait que vous sachiez quand il dit non

Solution: Accompagner les enfants dans les transitions, en les avertissant, en reconnaissant la frustration que cela engendre puis en les accompagnant à se diriger vers l’activité suivante garantit des transitions plus sereines.

“Je viens pour t’avertir que ça va bientôt être le moment de se préparer pour l’école. Tu peux avertir tes monstres que tu vas devoir partir? Quand le sablier est vide ce sera le moment de te préparer. 

« Je suis sûr que c’est très embêtant de devoir arrêter de jouer, ton train magique peut t’emmener jusqu’à tes chaussures pour t’aider à les mettre? Valable aussi pour les plus grands:

« Je sais que vous êtes en pleine partie mais je dois vous avertir que dans 10 min on va passer à table. Préparez-vous à devoir interrompre votre jeu. »

5. Ils ne se sentent pas entendus ou pas considérés dans leur position. On ne peut pas faire obéir un enfant sans le bousculer: physiquement et/ou psychologiquement ( tirer par le bras, pousser, gestes brusques, menaces, punitions, domination).

Marshall Rosenberg disait : « nous ne pouvons pas obliger les enfants à quoique ce soit; on peut seulement les faire regretter de ne pas l’avoir fait ».

Cela veut dire que “faire obéir” revient à user de méthodes contraignantes.

L’enfant ne réagit pas ou pas tout de suite, par manque de considération ou manque de pouvoir positif.

L’enfant va choisir de coopérer lorsqu’il peut lire dans notre demande ou la façon dont nous la posons, que nous pensons également à son intérêt

ou prenons en considération sa condition. Il en va de même avec nous: nous réagirons différemment si le supérieur demande:  « apportez-moi les derniers rapports au plus vite svpl ». ou s’il dit: « je sais que vous êtes très occupé, alors dès que vous avez un moment je vous serais reconnaissante de bien vouloir m’apporter les derniers rapports. »

Solution: leur faire savoir que nous prenons en compte sa réalité du moment et donner du pouvoir en donnant du choix.

« Leo j’ai bien entendu tu as dis très fort NON PAS DE BAIN. Peut-être que tu n’aimes pas du tout le bain. Et probablement que quand tu seras grand tu prendras plus jamais des bains n’est-ce pas? Mais maintenant tu as besoin d’un bain, comme Maman, comme Papa, on a tous besoin de prendre le bain. Tu préfères prendre le bain ou faire la douche? On y va maintenant ou dans 5 minutes? »

6. Ils se sentent déconnectés, ou sont déconnectés de nous. La connexion est l’élément magique de la relation entre parent et enfant. Lorsque la connexion est rompue, toute collaboration est compromise. Le problème c’est que souvent on interprète la déconnexion comme une intention négative de l’enfant envers nous, une disposition négative de l’enfant vis-à-vis du parent. La déconnexion peut être créée par différentes choses, aussi innocentes que le voyage dans l’imaginaire, que douloureuses comme une mise à l’écart, ou secrètes comme un souci qu’il n’aurait pas partagé  mais qui l’envahit. Un enfant qui joue est dans son monde, a perdu la connexion avec la réalité et donc lorsqu’on l’appelle, il faut un temps de reconnexion.

C’est comme faire un appel téléphonique et attendre que l’autre décroche à l’autre bout. Et parfois le téléphone sonne occupé.

Si on a crié, menacé, ou qu’on a isolé l’enfant un moment la déconnexion s’est passée dans la douleur; si l’enfant est préoccupé par quelque chose d’important pour lui, sa connexion à vous peut-être momentanément très faible. Rester derrière l’enfant à le seriner pour qu’il réagisse, la connexion existe mais est de très mauvaise qualité.

Solution: Il est donc toujours préférable de reconnecter l’enfant d’abord, en attirant son attention avec compréhension avant de poser sa demande.

“Wahou Leo, ton train a l’air magique. Il va où? il prend des passagers comme moi? puis en l’invitant à entrer dans la réalité : « je sais que tu n’a pas fini avec ton train et c’est l’heure du bain. Ton super train pourrait t’y emmener ou le train doit rester ici pendant que tu prends le bain?

Cela rejoint l’aide aux transitions:

entrer dans son monde pour l’aider à en sortir plutôt qu’exiger de lui de sortir de son monde pour rejoindre le nôtre.

D’autant si c’est pour quelque chose d’aussi inintéressant que prendre la bain ou mettre la table.

7. Ils ont perdu foi en nous. Je me souviens cette Maman atterrée par la remarque de son fils de 10 ans:

de toutes les façons tu n’as plus de plaisir à être Maman. Tu fais que crier et espérer qu’on soit pas là ou dans nos chambres, même quand on fait rien de mal.

Ainsi ce jeune garçon ne prêtait plus attention à ce que sa Maman disait sachant que quoiqu’il arrive elle allait crier ou répéter sans cesse les mêmes choses. Sans arriver à ces extrêmes, il arrive parfois que nos préoccupations, notre surcharge de responsabilités et de travail est telle, (parents seuls, divorcés ou peu soutenus) que nous réalisons plus, que nous ne prêtons attention qu’à ce qui n’est pas fait, pas parfait, pas terminé ou à faire au lieu de penser à vivre des moments présents avec nos enfants et les écouter nous parler d’eux et de leur monde. Les enfants comptent sur nous pour les nourrir en affection, en attention et pour les guider.

Quand ils persistent à nous emporter dans leurs luttes de pouvoir c’est parfois un signal d’alarme que notre présence n’est plus ressentie de façon assez intense.

Solution: créer des moments privilégier intenses, sortir avec eux faire une activité plein air, s’organiser pour passer du temps à faire des choses qu’ils aiment. jouer, rigoler. Des gros éclats de rire sont indispensables aux enfants et bienfaisants aux parents.  Planifier ces moments intenses, même s’ils faut le faire sur le planning général affiché sur le frigo en mettant en évidence ces plages spéciale TEMPS INTENSE.

8. Ils sont comme nous!! Ils sont humains. Ils résistent lorsqu’ils se sentent forcés ou contrôlés- L’être humain, être de libre arbitre, déteste se sentir contrôlé et y réagit par la résistance. Plus ils se sentent poussés ou bousculés, plus ils vont se rebeller; alors que les enfants plus dociles vont eux, perdre leurs capacités d’initiatives, leurs capacités à s’affirmer.

Solution: installer un partage des pouvoirs. Faites ressentir à votre enfant que vous êtes de son côté en reconnaissant ses sentiments : « oui je sais c’est frustrant, oui je suis sûr que cela ne t’arrange pas du tout de faire cela maintenant, je suis désolée que cela te mette dans un tel état de colère » puis soutenez dans l’apprentissage de la “contrainte” car des contraintes il y en a dans la vie, en leur donnant du choix:

« tu peux prendre la douche ou la bain, tu peux faire les devoirs avant ou après le souper, tu ranges ta chambre aujourd’hui ou demain? » « Ok pas maintenant de suite. Tu as besoin de  temps? Combien? »

Il est toujours préférable de motiver l’enfant à collaborer, de le guider plutôt que de le contrôler.

L’obéissance est parfois comme la Quête du Graal parental. Qu’est-ce qui nous pousse à nous battre à ce point pour que les enfants fassent ce qu’on leur demande de faire?

La peur le plus souvent. La peur de perdre le contrôle,  la peur de ne pas éduquer de bons enfants, de bons citoyens capables de se soumettre aux règles valables en société, la peur du jugement des autres si nos enfants n’adaptent pas leurs comportements à ce qui est attendu.

Il y a également de façon plus ou moins consciente, notre propre revanche sur notre propre état d’enfants de parents. Et parfois même de dire: j’ai été bousculé et j’en suis pas mort ou j’ai été élevé par des parents contrôlants et j’ai plutôt bien réussi dans la vie » comme autant de « maigres » consolations à de grands moments de frustration et de colère et parfois peut-être même de solitude, en tant qu’enfant contrôlé et dirigé, en tant qu’enfant que peu entendu dans ses propres désirs à vouloir aussi prendre ses propres décisions.

Et si nous avions pu choisir d’apprendre les mêmes choses de façon plus collaborative et plus douce?  Aurions refusé? Aurions nous moins bien réussi?

Il est important de trouver un juste équilibre et trouver une position confiante située  entre la peur d’élever des enfants “endommagés” ou “maltraités” en prônant le libre choix de tout tout le temps pour son bien-être et la peur d’élever des enfants tout puissants en optant pour une éducation contrôlante et contraignante.

Ce juste milieu, c’est guider son enfant sur le chemin de l’auto-discipline, de l’auto détermination, de l’autonomie, en modélisant les comportements attendus, en posant des limites avec justesse et empathie, en respect de son niveau de développement, de sa personnalité et de ses vulnérabilités.

C’est aussi être confiant que, en tant que parent, adultes autonomes, nous avons suffisamment de ressources pour guider ces « petits de nous » sur leur chemin sans avoir peur qu’ils nous dominent, qu’ils souffrent trop ou qu’ils ne réussissent pas.

Cela demande quelques années de patience et d’auto gestion de frustrations parfois intenses, mais soyons encouragés:  la contrepartie de bénéfices est énorme !!

Personne n’a dit que ce serait simple, par contre c’est possible !

L’EQUILIBRE FAMILIAL EST A LA PORTEE DE TOUS

MHM