Le terme “construire” utilisé dans  le titre de cet article est volontairement choisi.

Pourquoi ?

L’estime de soi qu’elle soit bonne ou moins n’est pas quelque chose que l’on possède de façon naturelle ou spontanée.

Avoir une bonne estime de soi est en fait le résultat d’une accumulation d’expériences, d’accomplissements divers (réussites) positivement renforcées, qui, avec le temps, ont forgé en nous la conviction que nous sommes capables, bons et aimables.

On retiendra de cette définition:

  • accumulation =plusieurs, de façon répétée
  • expériences d’accomplissement = réussites
  • positivement renforcées = relevées par quelqu’un d’autre
  • dans la durée = le long de la vie

L’estime de soi, se construit tout le long de la vie, fondamentalement dans l’enfance. Le renforcement positif est indispensable à la construction d’une bonne estime de soi.

La mauvaise estime de soi est une croyance erronée, forgée également au cours d’expériences, d’échecs répétés, ou de réussites non valorisées, de réponses dévalorisantes reçues,  dont l’individu a tiré des conclusions négatives quant à sa valeur personnelle.

Exemples:

  • J’ai toujours entendu dire que les filles étaient nulles en maths d’ailleurs je suis nulle en maths.
  • Oh tu sais j’ai un peu les deux pieds dans la même chaussure; d’ailleurs mon père n’arrêtait de me répéter: qu’est-ce que t’es maladroit !

En quoi ces expériences sont génératrices de bonne estime?  

Chaque fois que l’on réussit quelque chose de nouveau, cela génère une satisfaction interne, une fierté, un sentiment d’accomplissement.  Si cette réussite est répétée elle génère une confiance dans la capacité de faire. Lorsque cette réussite est renforcée positivement par quelqu’un d’autre, un être aimé, un mentor, un supérieur, un professeur, un ami, vous aurez compris, quelqu’un qui nous est cher, pour qui nous avons de l’estime ou dont le jugement (positif ou négatif)  est important à nos yeux, l’effet de satisfaction interne et de confiance en ses capacités est décuplée.

La répétition de ces expériences de réussite, renforcées positivement forge petit à petit cette conviction, que l’on appelle estime de soi.

Je vois que suis capable, je vois que je peux être capable plusieurs fois d’affilée, je crois que je suis capable; finalement je peux le dire: , je me sens capable, je suis capable.

Il en va de même dans le cercle négatif.

Le manque ou l’absence de renforcement positif, la répétition de remarques dévalorisantes ou humiliantes, l’absence d’encouragement prive de tout sentiment de satisfaction personnelle ou de fierté.

Petit à petit la croyance se construit: je n’arrive pas, je ne sais pas, je n’y arriverai pas, je n’y arriverai jamais. Finalement, je dois l’admettre: je ne suis pas capable, je ne vaut rien.

Comment favoriser la construction d’une bonne estime de soi chez l’enfant
  1. Renforcer positivement, c’est à dire, relever les bons comportements. Les enfants croient ce que nous disons d’eux; ils prennent nos mots aux pied de la lettre. Même lorsqu’ils ont l’air de ne pas écouter ou de ne pas être touchés par nos paroles, ils enregistrent et croient. Ils croiront ainsi tout autant : « tu n’es toujours  pas  capable de lasser tes chaussures toi-même »  que « je vois que tu essayes de lasser tes chaussures, tu y es presque, tu vas y arriver, très bientôt ». Ainsi il est bon pour l’enfant que son parent relève  ses performances:
    •  « tu as plié tous tes T-shirt tout seul, tu peux être fier »
    • « tu t’es brossé les dents sans qu’on te le demande, ça me fait plaisir« 
    • « tu as aidé ta petite soeur à mettre ses chaussures, tu es un grand frère bienveillant« 
    • « tu as vraiment tout fait pour pas t’énerver avec ton frère; j’ai vu comme tu as été patient en lui demandant gentiment de te rendre ton jouet T’as réussi en faisant comme on avait dit! T’es content? Moi ça me rend très heureuse« 

    Renforcer un comportement plutôt qu’une attitude générale comme: tu es très intelligente, tu es vraiment gentil, trop général, n’indiquant pas à l’enfant ce qu’il fait de bien ou de mieux.

  2. Encourager et enseigner l’enfant à trouver des solutions. Résoudre les problèmes, trouver des alternatives aux situations est une compétence qui renforce l’estime de soi. Ainsi proposer à l’enfant de trouver une solution l’entraîne petit à petit à se prouver qu’il peut faire les choses par lui-même. Au lieu de «  t’as de nouveau oublié ton carnet » ce qui l’enfonce dans le problème, tenter  » qu’est-ce que tu pourrais faire pour te souvenir demain?« ; « il s’est moqué de toi? qu’est-ce que tu pourrais répondre si ça arrive encore?« ; « oh elle a cassé ta tour? ça met en colère ça! qu’est-ce qu’on peut faire maintenant? ». Bien évidemment le parent aide à trouver la solution quand la situation le demande ou encourage la solution trouvée. « Oui ça me paraît une très bonne idée. Faisons cela! » 
  3. Aider l’enfant à relativiser l’échec. Les croyances se construisent dans l’enfance, car l’enfant a cette tendance de vivre ses expériences comme des vérités générales. Alors il dira: « j’ai fait tout faux, je suis nul en calcul« ;  « j’ai pas marqué un seul but, je suis pas un bon joueur« . C’est à ce moment qu’il est important d’apprendre à relativiser et voir ce qui est, et non ce qui apparaît en premier;
    • « tu as réussi 6 exercices sur 10, c’est plus que la moitié; voyons comment résoudre les 4 autres »;
    • « vous vous êtes bien défendus et toi tu as très bien joué et tenu ton rôle; je t’ai vu tirer plusieurs fois au but; la prochaine fois ce sera dedans. J’ai entendu tes camarades te féliciter, n’est-ce pas? »;
    • « tu n’as pas gagné, et tu es déçue, je te comprends;  par contre tu as battu ton record ; tu vois, la peine que tu prends à t’entraîner te permet de t’améliorer » .

    Réaliser que leurs efforts, leurs actions ont des conséquences positives sur leurs accomplissements, motive les enfants à persévérer au lieu de se décourager ou d’abandonner en pensant qu’ils ne sont pas assez bons.  

  4.  Motiver à garder ses responsabilités quoiqu’il arrive. Chez les plus grands il arrive que leurs épreuves, leurs expériences « d’échec » les démotivent au point de ne plus rien vouloir faire. Savoir garder le cap, faire ce que nos responsabilités nous demandent de faire malgré les coups durs, est un moyen de garder une bonne estime de soi. « c’est difficile en ce moment, mais cela n’enlève en rien mes capacités à faire ce que je sais faire« . 
    •  « ta copine t’as plaqué, je suis vraiment désolée pour toi. C’est douloureux et c’est normal que cela te mette dans cet état. Je pense que tu peux tout de même trier ton linge comme d’habitude et ensuite te mettre à préparer pour tes examens. Cela ne va pas enlever ton chagrin je sais, mais tu seras content d’avoir réussi malgré ta peine ».
  5. Remercier pour le bonheur qu’ils donnent par leurs comportements.
    • « j’ai passé une merveilleuse soirée avec toi: tu m’as aidé à ranger, on a joué ensemble, tu ne t’es pas disputée avec ta soeur…t’aie-je dis combien je t’aime ? »
    • « cette discussion était vraiment intéressante; je suis impressionnée de ce que tu as appris;  J’aime parler avec toi, ça me rend chaque fois heureuse » 
    • « tu n’as pas fait de crise au magasin et tu as adoré pousser le petit chariot avec Maman; viens que je te fasse un câlin pour te dire combien je suis heureuse et comme je t’aime fort »
  6. Parler d’eux positivement à d’autres en leur présence. Personnellement j’aurais conseillé d’éviter de parler négativement d’eux, comme malheureusement on a tendance à le faire, surtout lorsqu’ils traversent une phase difficile. Ce n’est pas tant pour nous plaindre d’eux mais bien plus pour soulager une tristesse, un poids, un sentiment d’incompétence: « oh tu sais ces temps je ne sais plus comment faire, elle n’arrête pas de râler sur tout, d’être agressive avec son frère, j’essaye bien de lui parler et de lui donner de l’attention mais rien n’y fait; elle est tellement de mauvaise humeur.«  On attend par là, de notre interlocuteur(trice), un peu de compassion et peut-être un conseil bienveillant. C’est en lisant un texte du La Dresse Laura Markham (spécialiste de la parentalité positive aux USA)  que j’ai réalisé que ce qui est encore mieux (que de ne pas entendre de choses négatives) est d’entendre des choses positives dites à son sujet. Nous aussi on apprécie cela: « j’ai entendu parler de toi hier. Hmm j’espère que c’était en bien. Raconte! » Ainsi, ne pas hésiter à les valoriser aux yeux des autres (sans se vanter d’avoir les meilleurs enfants du monde …;-))
    • « Il fait de mieux en mieux ses devoirs tout seul et je le vois y prendre du plaisir; ça me rend si heureuse de le voir comme cela.« 
    • « ils ne se chamaillent plus le soir à la salle de bain; Léo a aidé sa soeur à se brosser les cheveux hier soir; c’était vraiment beau à voir, c’est un vrai bonheur d’être leur Maman« .
    • « il a fait de gros progrès sur sa jalousie; hier soir je l’entendais parler à son frère: tu veux mon jouet? d’accord mais je joue encore un peu avec et après je te le prête d’accord? Sur un ton si doux; j’aime voir mon garçon grandir et apprendre, je suis un Papa comblé!
  7. Aimer inconditionnellement. Savoir et expérimenter qu’on est aimé pour ce qu’on est et non (seulement) pour ce qu’on fait, invariablement, forge une solide croyance en sa propre valeur. Les enfants ont besoin d’entendre et d’expérimenter chaque jour cet amour inconditionnel. Le dire avec des mots, avec des gestes, en jouant, en remplissant leur réservoir de câlins; toutes les façons sont bonnes.

Les enfants écoutent, croient ce qu’on dit et se construisent autour de ce que nous pensons d’eux, de ce que nous reflétons de leur personne.

N’est-ce pas magique ? Profitons-en pour dire des choses constructives et bienfaisantes.

N’hésitez pas à laisser vos commentaires ou partager vos expériences

L’EQUILIBRE FAMILIAL EST A LA PORTEE DE TOUS

MHM.

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