Khadja, maman de 3 enfants se présente à une séance de coaching. En pleurs elle m’explique l’attitude de sa fille aînée, 10 ans.

« J’essaye d’être gentille et compréhensive mais rien n’y fait. Ma fille me manque tellement de respect. Elle me répond sur un ton et avec de mots que je n’oserais même pas utiliser, elle m’appelle par mon prénom pour me faire ses demandes, elle argumente et se moque de moi lorsque je lui fais remarquer qu’elle n’a pas respecté mes demandes. J’essaye de pratiquer une éducation bienveillante, en reconnaissant ses émotions mais rien ne semble la toucher. J’ai l’impression que ma fille ne m’aime pas ». 

Qu’est-ce qui rend cette situation si douloureuse pour cette maman ?

Elle prend l’attitude de sa fille contre elle. Elle le prend personnellement.

Attitude irrespectueuse

Un parent qui prend l’attitude son enfant comme une “attaque personnelle” devient automatiquement défensif, ou sur le long terme, soumis ou démissionnaire. Deux attitudes qui ne sont pas dans l’ordre de la relation parent-enfant, qui est une relation de guide-guidé.

SI vous faites une excursion de montagne avec un guide, que à moment donné pour une raison ou une autre vous-vous insurgez contre les choix du guide, ce dernier, connaisseur de la montagne, ne peut se permettre de prendre vos remarques comme “personnelles, contre lui ou ses connaissances”; il se doit de savoir que vous avez milles raisons d’être angoissé, fatigué, stressé, ce qui peut expliquer votre comportement (totalement inapproprié au demeurant); sûr de lui, connaissant le chemin comme son travail, il va avec détachement et patience passer outre vos remarques, probablement tout faire pour vous rassurer et donc vous expliquer ses choix (ou pas) et continuer son chemin.

Telle est l’attitude parentale.

La blessure et la douleur ressentie par un parent face à un enfant irrespectueux, à l’attitude hautaine et dominante est tout à fait normale et légitime.

Nos enfants sont une partie de nous-mêmes, le plus souvent le fruit d’un amour inconditionnel renouvelé chaque jour dans chacun de nos actes, de nos mots, des soins apportés et du souci quotidien que nous avons pour eux.

Comment ces petits êtres tant aimés peuvent-ils soudainement se comporter comme des êtres totalement détachés de nous, dépourvus de compassion à notre égard et en totale domination?

Ce sont ces pensées là qui nous taraudent à un point tel, que nous-nous sentons désarçonnés, blessés, parfois même, rejetés.

Le secret dans la gestion de ces moments, est de se focaliser sur le comportement de l’ enfant plutôt que sur les émotions que ces comportements génèrent. Dr Lehman, pédopsychiatre

En d’autres mots, considérer le comportement inapproprié et ce que vous souhaiteriez de différent dans ce comportement, tout en tentant de laisser de côté les émotions que cela créent chez vous; parfois tout comme les émotions qui semblent être celles de votre enfant.

Cela semble très vite dit et pourtant est très aidant.

Pourquoi ? parce que cela matérialise la situation. On peut toujours agir sur quelque chose de tangible ce qui est beaucoup moins aisé sur quelque chose de suggestif comme une émotion.

Comment réagir en 6 points.

Nous avons avec Khadja,  repris un moment précis de sa relation avec sa fille, et avons exercer une séquence de communication non-violente.

1. SE DECONNECTER des émotions négatives (colère, agacement, tristesse)- RESPIRER

Pour vos déconnecter, respirez profondément, au besoin isolez-vous quelques minutes.

Faire un exercice de cohérence cardiaque est très bénéfique. 

Baissez le niveau de stress, permet de faire des remarques plus appropriées, et, chose très importante, votre corps exprima la même chose que vos mots, ce qui n’est souvent pas le cas lorsqu’on réagit que rapidement, mentalement (il faut que je dise cela), sans avoir baissé le stress interne.

2. Exprimer son désaccord, son sentiment et son besoin à l’enfant.

Il est important que l’ enfant sache que l’adulte est touché(e) ET que son comportement n’est pas acceptable. Dr Lehman

 

Dites à votre enfant, que ce qu’il, elle fait n’est pas correct, pas ok pour vous:  « La façon dont tu me parles à cet instant,  m’appeler par mon prénom, me montrer du doigt, n’est pas acceptable pour moi, ni pour personne dans cette famille »: vous vous référez aux valeurs de la maison: le respect.

Exprimez à votre enfant ce que vous ressentez. J’ai vraiment mal au coeur, je suis triste.

Exprimer votre besoin: « Juste là maintenant j’ai besoin d’un moment pour gérer et je ne désire pas te parler plus longuement. Dès que je me sentirai mieux je reviendrai vers toi ». Il est important qu’à ce moment vous quittiez les lieux: sa chambre, le canapé peu importe, pour vaquer à d’autres occupations, ou vous isoler un moment. Votre attitude se doit d’être totalement détachée à ce moment là, pour que vous puissiez prendre soin de l’émotion qui vous étreint, mais également pour que votre enfant prenne conscience que vous vivez ce que vous dites. Vous ne jouez pas.

En faisant cela vous posez  une limite, non à votre enfant, mais à ce que vous êtes en mesure de supporter et votre enfant se doit d’en prendre note.

En quoi cela est-il de la communication non-violente:

  • je désigne le comportement sans jugement d’intention: lorsque tu me parles sur ce ton, versus quand tu m’agresses, quand tu me cries dessus (peut-être l’autre n’a-t-il pas l’impression de crier)
  • j’exprime l’émotion que je vis sans attribuer ma souffrance à l’autre: « je me sens triste, j’ai mal au coeur », versus « je me sens blessé(e), maltraité(e), agressé(e) », tout autant de mots qui  présupposent une action commise par l’autre, qui forcément, va se sentir accusé, donc coupable.
  • J’exprime mes besoins du moment: « j’ai besoin de gérer mon stress, je ne désire plus parler avant que je me sois calmée ». versus « j’attends quelque chose de toi: que tu me laisses tranquille, que tu arrêtes de crier, que tu sortes de la pièce » etc.. »

L’utilisation du JE versus TU est capitale: cela veut dire que je prends à mon compte mes émotions, mes besoins et mes désirs. La différence paraît minime, mais ce sont ces nuances de langage qui font toute la différence.

Toute la différence à 2 titres:

Pour l’autre: « je ne suis accusé de rien. « Je suis signalé dans un comportement que je ne peux pas réfuter, non dans une action attribuée, je ne suis pas accusé. Je n’ai rien créé de mauvais, elle se sent pas bien, je ne suis pas tenu de réparer ses émotions, elle fait ce dont elle a besoin.

Penser à cela est très important dans les interactions entre adultes.

L’enfant quant à lui, va simplement noter qu’une limite à l’interaction a été posée et qu’il n’a pas besoin de se défendre.

Pour vous même: vous prenez l’émotion qui vous étreint à votre propre compte. La tristesse est une émotion qui émane de votre intérieur. A ce titre vous allez aussi gérer cette émotion par vous même plutôt que demander à votre enfant réparation pour cette émotion: en le punissant, en étant agressif à votre tour ou encore en le blâmant pour le tort qu’il, elle vous fait.

3. Se souvenir qu’on est la personne mature. Gardons toujours à l’esprit, que, en tant qu’adulte, dans une opposition avec l’enfant, nous sommes celui qui est mature et donc capable de gérer la situation et surtout nos émotions.

L’enfant lui, et jusqu’à l’âge presque adulte, manque de maturité, de lucidité (capacité à relativiser les choses) et parfois de compassion, étant encore relativement égo-centré sur ses besoins.

4. Même si c’est difficile, se répéter que le comportement de  l’enfant n’a pas toujours  à voir avec nous.

Le comportement de votre enfant n’est pas forcément  à cause de vous, ou contre vous.  Dans la mesure où vous n’êtes ni maltraitant, ni négligeant, ni manipulateur. Ce dont vous êtes seul juge. Dr. J. Lehman

Ceci étant dit, auriez vous dit ou agit quelque chose avec votre enfant qui puisse l’avoir frustré ou mis en colère? Cette possibilité  doit être discutée APRES la crise. Le comportement n’en reste pas moins, non acceptable.

Il se peut que votre enfant ait d’autres préoccupations, qu’il ait du mal à gérer ses relations (scolaires, amicales, entre frère et soeur ou autre) ou que encore,

il, elle ait besoin justement d’un positionnement de votre part plus clair et précis afin de pouvoir se situer et ressentir une limite qu’il, elle a de la peine à se fixer lui-même.

5. Réfléchir en quoi le comportement de l’enfant devrait être différent.

Réfléchissez en couple si cela est possible, ou avec une personne de soutien, au changement que vous souhaiteriez dans le comportement de votre enfant.

Comment votre enfant  se comporterait-il, s’il se comportait tel vous le souhaitez? (relativement à vos valeurs et au cadre de comportement établi pour la famille).

Quelle serait votre communication avec elle, si elle avait le comportement que vous souhaitez?

En vous posant ces questions, automatiquement votre cerveau forme des images, des séquences relationnelles que vous souhaiteriez.

Dès lors vous êtes mieux en mesure de visualiser les différences et ainsi transmettre ce désir à votre enfant; cela vous permet aussi de réfléchir à comment vous allez aider votre enfant à changer de comportement.

J’insiste sur ce point, mais beaucoup de parents viennent à moi en me disant « j’aimerais que le comportement de mon enfant change; en quoi?  je ne sais pas, j’aimerais qu’il, elle agisse différamment….  » Alors si vous ne savez pas, comment votre enfant va-t-il savoir?  Nous devons savoir. Et cela demande un effort de concentration et de visualisation.

Vous ne pouvez pas construire une maison si vous n’avez aucune idée à quoi vous souhaitez qu’elle ressemble. C’est la même chose avec tout ce que nous désirons dans la vie. Tout désir vague donnera un résultat vague.

Pour répondre mieux à cette question répondez-vous mêmes à ces questions là:

  • Qu’est-ce que je souhaite que mon enfant apprenne?
  • Qu’est-ce que j’aimerais transmettre à mon enfant?
  • Sachant que mon enfant me modélise ( copie mes comportements), quel genre de comportement j’aimerais voir chez mon enfant, autrement dit, quel comportement je vais lui montrer?

Ce genre de questionnement vous permet d’être plus au clair avec vous mêmes, et avec ce que vous allez montrer.

Exemple de séance de résolution:

« Tu peux ne pas être d’accord avec ce que je te demande, c’est ton droit; je ne suis pas toujours d’accord avec ce que tu fais ou ce que tu me demandes. »(égalité de droit)  Mais dis moi sincèrement? Ai-je été mal poli avec toi? Est-ce que je t’ai mal parlé ou en criant pour obtenir ce que je souhaite de toi ? (rendre attentif, apprendre à observer comment Papa, Maman font)

Si la réponse est non, « Alors si moi je ne le fais pas avec toi, dis- moi pourquoi tu le fais-tu avec moi? (activer la prise de conscience, aide à l’expression des sentiments, des raisons de la colère, aide à la modélisation, apprentissage de l’égalité de traitement)

« Comment est-ce que tu me préfères? quand je te parle et te demande gentiment les choses, ou si je te crie dessus avec toute ma colère? » (prise de conscience de ses sentiments générés par la façon dont on s’adresse à lui, elle) : « je préfère quand tu me parles gentiment. (prise de conscience de ce qui est acceptable, agréable et de plus, de ce qui est important pour vous)

« Pourrait-on? », …forme d’invitation, dans laquelle vous-vous incluez à nouveau,  comme un renouvellement quotidien de votre volonté de communiquer avec bienveillance, « pourrait-on alors s’engager toi et moi, à s’exprimer poliment et sans crier, même lorsqu’on est pas d’accord? » (solidarité, accompagnement) Oui!

« Es- tu prêt(e) à t’engager personnellement à faire cet effort? » vous l’engagez lui seul à ce moment.(responsabilisation). Oui? Super! 

« Tu vois, quand on prend le temps ensemble, on trouve toujours des solutions. Je suis content d’avoir trouvé cette solution avec toi et je suis sûre que dès maintenant, toi comme moi, on va savoir comment s’exprimer, sans se sentir triste ou énervé. » (accord, réconciliation et encouragement avec projection du nouveau comportement dans le futur)

Ces techniques sont en partie tirées de la PNL, mais sont praticables par tous les parents, intuitivement, sans rien y connaître.

Du moment qu’on se place en guide, coach, pour nos enfants afin qu’ils apprennent les comportements que nous valorisons, les choses viennent d’elles-mêmes.

Cependant, nous comprenons qu’une telle séquence de communication n’est possible que si nous sommes détachés de toute émotion négative, et que vous nous sommes focalisés sur : le comment aider à changer le comportement.

6. S’entraîner, répéter.

Il se peut aussi que vous deviez faire l’exercice plusieurs fois car les comportements ne changent pas comme par magie. Ni ceux de l’enfant, ni les nôtres. Le plutôt vous réagissez aux comportements inadéquats de vos enfants, le plus rapidement le changement s’effectue.

Le plus calme, convaincu et confiant vous êtes dans votre action, le plus puissamment vous impactez l’esprit de votre enfant. L’enfant se sentira en sécurité après une telle séquence, et aura réellement appris quelque chose: sur lui et de vous.

A noter que dans cet article, il n’est pas traité la phase des émotions de l’enfant: ses colères, ses frustrations, ses émotions etc. Volontairement, pour ne pas prolonger. On peut relire: 9 choses que votre enfant aimerait …

Pour terminer:

Les enfants ont un amour inconditionnel pour leurs parents. La façon de démontrer cet amour n’est pas chaque jour pareil.

Même lorsqu’ils en viennent à dire “ je te déteste” traduisez cela par: “je suis très en colère et je ne sais pas comment m’en débarrasser”

“Tu es la pire des Mamans et je souhaiterais que tu ne sois pas ma mère” Tentez le « hmmmm, cette fois c’est sérieux ! Tu es vraiment très fâché après moi. Ou après quelque chose d’autre? »

Il est bien d’éviter les « toi tu me détestes mais moi je continue de t’aimer très fort. » Cela crée un rapport de force : « moi je reste le bon pendant que toi tu dis des choses méchantes », qui n’est pas de l’ordre de la communication non violente.

Le mieux est de ne pas réagir aux mots dans la crise, de ne pas les relever.  Vous n’avez pas entendu qu’il, elle vous déteste, vous entendez qu’il, elle est très en colère et pas du tout d’accord avec vous.

Même si cela fait très mal, il est important d’essayer aussi fort que possible, de se répéter intérieurement: « il, elle m’aime, il elle est juste en colère, c’est mon rôle de l’aider à sortir de là. »

Lorsque la crise est passée, si vous avez assez de recul tentez avec humour, et sincérité: montre moi comment fort tu me détestes? le câlin est assuré.

 

L’EQUILIBRE FAMILIAL EST A LA PORTEE DE TOUS

MHM

Pour soutenir ces pistes, et mieux comprendre les raisons des comportements de vos 6-11 ans, je conseille 2 livres très bien écrits sur le sujet qui donnent de très bons conseils pratiques, faciles à lire. M. Rosenberg, que j’admire tout particulièrement, et I. Filliozat sont 2 experts très inspirants.