Tout le monde le sait, tous les parents le vivent, les petits entre 2-6 ans font, ce qu’on appelle « de crises » ou « des colères », de façon répétée et le plus souvent de manière tout à fait inattendue. Ces manifestations sont le résultat de l’immaturité de leur cerveau; de la même manière que le cerveau met du temps à coordonner la marche, il met du temps, et ce temps est bien plus long, à coordonner les émotions (ou les sensations) avec les réponses qu’on y donne. Le petit enfant bombardé de sensations et d’émotions, presque chaque jour nouvelles, est par moments tellement submergé qu’il ne sait plus « où donner de la tête ». Dépourvu de moyens de dire stop, il se met à crier, à pleurer, à se rouler par terre etc.

Lire à ce sujet: Pour une enfance heureuse de Gueguen Catherine

De la même manière qu’ils cherchaient par tous les moyens à donner des réponses aux pleurs du nourrissons (réponse à une émotion, à un besoin), c’est aux parents de donner des réponses adéquates à ces émotions qui partent dans tous les sens, jusqu’à ce que l’enfant les aient intégrées et puissent les activer par lui-même.

Certaines de ces crises sont aussi soudaines qu’inexplicables. De fait bien souvent  les parents se sentent démunis face à ces comportements. La seule chose dont les parents peuvent être sûrs c’est qu’elles se reproduiront.

Alors plutôt que de se laisser surprendre à chaque fois, ou, à l’opposé, de les craindre à chaque instant, il est préférable de s’y préparer.

En 4 étapes ici voyons comment procéder.

  1. La première chose : s’y préparer.

Qu’entendons-nous par s’y préparer?

Etre préparé c’est :

  • Savoir qu’il y en aura d’autres,
  • pendant quelques années,
  • savoir que c’est normal et
  • que c’est lié au développement du cerveau et de l’affect de l’enfant,
  • savoir qu’elles sont une manifestation d’un inconfort physique et/ou émotionnel de l’ enfant,
  • savoir qu’il n’a pas les moyens ni de les exprimer, ni de se les expliquer, ni d’y répondre autrement que par des cris, des rages, etc.

Il est aussi primordial de savoir que ces crises ne sont pas un indicateur de la qualité de votre éducation.

« Si à chaque fois que votre petit(e) fait une crise vous-vous demandez ce que vous faîtes de faux dans votre façon d’être parent, si votre enfant vous aime, ou qui aurait bien pu faire quelque chose de mal pour conduire votre enfant dans cet état, votre sentiment d’incompétence va créer tristesse et frustration en vous;  à coup sûr cela va se traduire par une attitude qui va créer l’escalade entre vous et votre enfant. »

Le mieux vous comprenez et acceptez que faire des crises pour un petit est une chose aussi naturelle que pour vous, vous sentir fatigué ou parfois « irritable » sans raison apparente, le mieux vous serez à même  de gérer ces moments difficiles et inconfortables.

Cela ne veut en aucun cas dire que vous devez TOUT supporter et tolérer. Cela ne veut pas non plus dire que toutes les « crises » sont à mettre dans le même panier.

Nous parlons ici des refus subits, (refus de s’habiller, refus d’aller dans la voiture, refus de s’asseoir à table ou de manger, refus de marcher).  Cela comprend également les crises de colère alors que tout semble aller très bien jusque là, (lors des jeux avec les frères et soeurs ou les copains.) ou encore les crises systématiques lors d’un moment précis de la journée: se brosser les dents, aller au bain,etc. Il y a bien sûr les changements d’attitude subite à l’extérieur de la maison, (les plus redoutés des parents) et/ou tout autre idée saugrenue qui dépasse votre entendement. Je mets volontairement le refus d’aller au lit à part; je pense que ce sujet mérite d’être traité de façon plus spécifique.

2. La prochaine étape est de vous focaliser sur la spécificité de votre enfant. Chaque enfant est différent car il possède une personnalité qui lui est propre. Ainsi chacun a des besoins différents ainsi que des « déclencheurs » de crises différenciés.

Cette notion de déclencheurs est importante. Les enfants ne choisissent pas délibérément de faire « une crise pour embêter », ou « comme un jeu » ou « comme un moyen de mettre le parent en difficulté ». Ces crises sont le résultat final visible et audible d’un processus interne. C’est un ensemble de facteurs qui va créer ce trop plein émotionnel. Les déclencheurs peuvent être compris comme des agents accélérateurs ou catalyseurs du débordement.

Les déclencheurs, sont donc tous les facteurs qui peuvent potentiellement conduire votre enfant à la crise; les déclencheurs sont les situations à haut potentiel de crise; les déclencheurs sont les zones de vulnérabilité de votre enfant.

Les déclencheurs les plus fréquents sont:

  • la faim,
  • la fatigue,
  • la maladie (rhume, toux, grippe, maladie infantile ou maladie chronique ),
  • les phases de croissance,
  • la douleur (digestion inconfortable, douleurs liées à la maladie, douleurs non exprimées par l’enfant)
  • l’excès de stimulation (grands magasins, parc d’attraction, préau scolaire, jeux avec les autres, réunion de famille ou hôtes en nombre à la maison),
  • l’adaptation à de nouveaux contextes (déménagement, visite dans un lieu inconnu,toutes les premières),
  • l’adaptation à de nouvelles personnes.

Le grand point positif des déclencheurs, à l’inverse des autres facteurs, c’est qu’on peut agir dessus. Bien connaître ses déclencheurs et en être conscient est un grand gage de bonne gestion émotionnelle. Cela est valable pour nous adultes aussi.

Donc un même évènement peut avoir des conséquences totalement différentes selon l’un ou l’autre des enfants. Vous aurez sans doute déjà dit: « le grand pouvait très bien se passer de sieste par contre la petite si je ne la couche pas c’est des crises à répétition tout l’après-midi »; vous avez observé et compris que votre petite est très vulnérable à la fatigue.

Ainsi vous qui connaissez parfaitement votre enfant vous pouvez réduire les risques de crises en y étant attentifs.

Vous ne pouvez pas prédire les réactions de vos enfants, cependant vous pouvez notablement réduire l’intensité d’une crise en connaissant ce que votre enfant a besoin le plus dans une situation délicate ou génératrice de stress d’adaptation, donc à haut risque de crise.

Il est très important de garder ceci à l’esprit chaque fois que vous considérez le comportement de votre enfant en vous posant la question: «quels sont les besoins particuliers de mon enfant, quelles sont ses zones de vulnérabilité sur lesquelles je peux agir, ou qu’est-ce j’ai pu oublier aujourd’hui qui le mène à cet état émotionnel, ou à cette crise de colère? » Ce qui est totalement différent de: « qu’est-ce que je fais faux dans mon éducation » ce qui présuppose une généralisation de vos manquements, alors que certainement, ce qui se passe c’est que : aujourd’hui, vous avez négligé 1 chose. Ou, vous n’avez pas pris en compte un aspect.

Surtout ne comparez pas! JAMAIS!

Trop de Mamans se font du tort en comparant le comportement de leur petit(e), à celui de la petite voisine qui semble avoir un comportement bien plus mature que celui de son trésor.

La comparaison ne fait que empêcher d’apprendre les subtilités de  son propre enfant et donc d’améliorer chaque jour un savoir agir avec lui.

Après être plus conscient et connecté aux besoins de votre enfant,

3. L’étape 3 est d’avoir un plan à appliquer dès que la crise commence.  Un plan d’attaque de me demanderez vous? Oui en quelques sorte.

Cela peut paraître un peu incongru mais nous élaborons des mini-plans d’action plusieurs fois dans la journée pour un tas de choses, alors pourquoi ne pas en avoir un pour gérer les crises du petit?

a) Il est important et primordial de premièrement faire le point sur ses propres émotions, c’est-à-dire d’en prendre rapidement conscience et de se les nommer

Faire un rapide pas arrière:

  • ok là je me sens: angoissé(e) combien de temps ça va durer, comment je vais gérer etc..
  • en colère: « oh la, là elle m’énerve!
  • fatigué(e): »ouh là pas aujourd’hui, j’en ai assez eu comme cela, je n’vais pas avoir la patience »

Prendre 3 grandes respirations et se souvenir: « si ce moment est difficile pour moi, il l’est AUSSI pour mon petit. La différence c’est que moi je peux gérer et décompresser plus tard, lui il faut que je l’aide à sortir de là. »

b) Accepter que la crise est là, et que ensemble, il faut la traverser coûte que coûte: à vous même: « ok mon Loulou, c’est pas drôle ni pour toi ni pour moi, mais je suis là, et on va en sortir ».

Tout cela se passe en quelques secondes dans votre tête. Le faire, garantit une action 200% plus efficace, même si la crise doit durer 10 min ou plus. Ce qui paraît une éternité suivant les situations.

c) Avoir quelques idées en tête (phrases que vous pouvez répéter chaque fois que cela arrive) de ce que vous pourriez dire à votre enfant. Le mieux est de pouvoir en discuter avec l’autre parent, quand vous êtes seuls sans les enfants. Chacun peut avoir sa méthode, ses façons de dire; l’important est que le but et les valeurs soient les mêmes.

Dans les situations récurrentes c’est très utiles:

Exemple: depuis 2 semaines, votre enfant refuse de mettre ses chaussures au moment de partir ce qui vous met en retard presque à chaque fois. Le problème des chaussures est souvent lié au fait qu’ils aiment choisir celles dans lesquelles ils sont le plus à l’aise, ou celles qu’ils trouvent les plus jolies. Le problème c’est que parfois… ça ne va ni avec le temps, ni avec l’endroit où vous allez et surtout….pas avec les habits qu’il porte… (ça fait sourire écrit comme cela n’est-ce pas…?)

Décidez que dorénavant vous le,la laissez choisir ses chaussures, entre 2 paires: la paire que vous aimeriez qu’il mette; ses bottes par exemple. (les bottes c’est l’exemple classique!)

15 minutes avant de partir avertissez en jouant: Dis Loulou, il fait quel temps dehors aujourd’hui? tu penses qu’il faut mettre quelles chaussures? ou Encore: dis Loulou tu te rappelles on a préparé les chaussures hier. C’est le moment pour aller choisir; tu m’appelles pour me dire lesquelles t’as choisies.  Si l’enfant ne choisit pas et que vous sentez la résistance: je vois que tu ne peux pas choisir aujourd’hui alors c’est moi qui vais devoir choisir. Je vais finir de préparer ta soeur (nouveau laps de temps), quand j’ai fini (vous annoncez le délai de temps), si tu n’as pas pu choisir c’est moi qui choisis ok?

En faisant cela, opter pour des stratégies que vous élaborez à l’avance, vous diminuez votre propre stress. Ainsi lorsque vous exposerez votre stratégie, votre ton sera différent, vous serez plus convainquant(e) et l’enfant suivra plus facilement.

Nous faisons ces mêmes choses dans d’autres situations de notre vie. Si vous savez que vous devez demander quelque chose à votre conjoint(e), une chose qu’il, elle pourrait refuser, vous élaborez une stratégie (quand, comment, quels arguments etc..) Vous ne pouvez guère plus anticiper ses réactions que vous ne pouvez anticiper celles de votre enfant. Cependant, en pensant une stratégie, vous vous organisez mentalement et émotionnellement; ainsi vous mettez toutes vos chances de votre côté pour obtenir le résultat souhaité. Qu’il dise oui, ou qu’il mette ses chaussures, même combat!

Armé de vos stratégies, gardez à l’esprit le point 1: « la crise peut arriver quand même, c’est normal, je suis prêt à la traverser, je l’accepte ». Répétez-vous cela comme un Mantra

4. Et quand rien ne marche?

C’est la réalité, celle de beaucoup de petits entre 2-6 ans;

« malgré tous mes efforts, malgré tous les trucs que Maman me montre, malgré toute la bienveillance et la patience de Maman, aujourd’hui je n’arrive pas à m’arrêter. C’est comme cela et ça me rend triste. »

Voilà ce que vous dirait votre enfant s’il pouvait l’exprimer.

Alors quand rien ne marche, le mieux est de rester patient et de « se réjouir » de savoir que quoiqu’il en soit, ça va s’arrêter, car ça s’arrête toujours. Même s’il est 22h00 et que en fait l’enfant est tombé endormi d’épuisement. Bien sûr ce n’est pas la façon la plus idéale d’arrêter une crise et je ne souhaite à aucun enfant, ni à aucun parent d’en arriver là. Cependant parfois cela arrive, et malheureusement parfois de manière récurrente.

Dans ces cas là, des bonnes stratégies, bien ciblées par rapport aux fragilités de l’enfant, peuvent donner de très bons résultats.

Dans la majeure partie des situations, lorsque la crise ne s’arrête pas il est important

  • de mettre l’enfant dans un lieu sécurisé.
  • de diminuer au maximum les stimulations extérieures (sortir du magasin, quitter la place de jeu, ou le restaurant pour les crises qui se passent en public).
  • si vous êtes à la maison :arrêter la télévision, sortir l’enfant de la pièce dans laquelle la crise se passe, aller dans le jardin etc.
  • Isoler l’enfant des autres membres de la famille pour un instant si la crise est très forte. (si vous n’êtes pas seul(e) ou que les autres enfants sont assez grands pour comprendre et rester seuls un moment.)
  • rester avec l’enfant jusqu’à ce qu’il arrête de pleurer (vous relayer si vous le pouvez et si ça dure trop longtemps)
  • limiter l’espace autour de l’enfant : recréer le sentiment de sécurité qu’il connaissait intra utérin.: il pouvait bouger, mais était contenu.
  • le serrer contre soi, même s’il gigote. si vraiment il n’aime pas cela ou que vous ne vous sentez pas à l’aise alors vous pouvez
  • déterminer un espace dans lequel il doit rester: cela peut être une petite cabane ou un cercle de coussins, ou un cerceau posé sur le tapis: « je vois que c’est très difficile d’arrêter la colère aujourd’hui et je suis aussi triste que ce soit si difficile pour toi. Jusqu’à ce que tu puisses être calme, tu restes dans le cercle de coussins. Je reste à côté de toi mais toi tu restes dans le cercle, ça va t’aider à t’arrêter. »

Ne jamais laisser un enfant à l’écart dans une chambre avec sa crise. Article relatif

En faisant ces choses,

  • vous apprenez à votre enfant que même si c’est très difficile, la colère est quelque chose qui passe et que il y a des moyens pour s’en débarrasser quand elle nous ennuie.
  • Vous apprenez à votre enfant qu’il y a des endroits où ce n’est pas socialement acceptable d’avoir une crise de colère et qu’on ne peut pas changer cela. Par contre si ça arrive, alors on doit quitter les lieux.

Cela peut être une stratégie préventive d’en parler à votre enfant, si sa vulnérabilité est de se trouver chez les autres. Invité à un anniversaire vous savez que votre enfant risque de traverser une turbulence à cause de la surexcitation ambiante: « chez Zoé tu vas pouvoir t’amuser avec tes copains (positif); peut-être que tu vas avoir un moment de colère; c’est pas grave mais souviens-toi: si c’est trop fort et que tu cries ou que tu tapes, on va devoir partir. Tu te souviens de cela n’est-ce pas? Tu peux me redire encore? si je crie ou que je tape alors tu vas venir me chercher et je dois partir. C’est cela, tu as très bien compris. Je suis sûre que tout va bien aller et que tu vas pouvoir rester jusqu’à la fin » (encouragements, projection positive, renforcement de la confiance en lui.)

En faisant ces choses

  • vous apprenez vous-mêmes à trouver des solutions à ces désagréments inévitables de la petite enfance.

En trouvant des solutions, vous apprenez à vos enfants à en trouver pour eux-mêmes. La résolution de problème est la compétence No1 pour l’acquisition d’une bonne estime de soi.

Les crises sont un aspect incontournable du développement de l’enfant entre 2 et 6 ans.

Apprendre à les traverser avec eux est un passage obligé pour tous les parents.

Parfois cette période semble aussi interminable qu’insurmontable. Beaucoup de parents se sentent totalement incompétents et sans contrôle face à leurs petits quand ils changent d’humeur de façon aussi inexpliquée que spectaculaire.

Le fait est que dans bien des cas, c’est la première fois que les parents apprennent ce que « prendre sur soi » signifie vraiment dans le cadre de l’éducation.

Car c’est bien là que réside peut-être la plus importante clef du succès.

Aussi difficile que cela puisse paraître, c’est à nous parents, adultes (encadrants, autres membres de la famille etc) de changer nos réactions face aux débordements de nos enfants.

Le mieux nous le faisons, le mieux les enfants peuvent apprendre à gérer par eux-mêmes en modélisant notre façon de faire. De toutes les manières, ils vont modéliser (copier) notre façon de faire et d’être avec eux.

Pour nous aider, répétons-nous l’un ou l’autre de ces Mantras tous les jours, et à chaque fois que la crise arrive:

*C’est normal, c’est de son âge et de sa maturité*

*J’ai le droit d’être en colère, fatigué, lassé*

*C’est difficile pour moi c’est difficile pour lui aussi*

*Ca me paraît interminable, mais cela n’est que temporaire*

*Je peux gérer mes émotions, je gère mes émotions cela facilite l’issu de la crise*

*Il se peut qu’aujourd’hui il, elle fasse une crise. Je sais comment l’aborder. J’ai des stratégies*

Parfois juste de savoir que nos enfants peuvent potentiellement exploser à n’importe quel moment de la journée à cause de leur habilité limitée de faire face à la frustration et à la déception ou encore à la nouveauté, peut vous aider à vous sentir plus prêt à supporter ces moments.

 

Quelques autres Mantras

*Ce n’est pas de ma faute. Tous mes efforts aident mon enfants à évoluer mais non à stopper ses crises comme par magie*

*Parfois, je ne peux rien faire d’autre que l’accompagner jusqu’à ce qu’il s’arrête; en toute sécurité et avec calme, avec lui, j’attends que cela passe*

 *Toutes les crises ne sont pas pareilles, et toutes les crises s’arrêtent*

*Mon enfant est unique, je connais ses besoins.  Je sais comment je peux diminuer l’intensité de la crise ou en prévenir l’apparition*

*J’ai réfléchi quelques trucs à lui dire, c’est maintenant que je les utilise*

*Mon enfant est unique, je ne le compare pas aux autres*

*Je fais de mon mieux. Et lui aussi*

*Il se peut que parfois je me sente jugé ou critiqué; c’est douloureux mais cela ne change pas ma façon de faire car je sais que mon petit grandit et que cela ira mieux bientôt*

L’EQUILIBRE FAMILIAL EST A LA PORTEE DE TOUS

Porter un regard

 

 

 

 

 

 

 

Acheter ce livre

MHM