Dans la continuité de la gestion des colères et des crises, je vous suggère ici d’aborder un autre phénomène que beaucoup d’entre nous connaissent: la difficulté, parfois l’incapacité de certains enfants à clore complètement une crise en continuant, soit de demander de l’attention, soit en recommençant en boucle avec d’autres arguments. Cette attitude apparaît souvent au moment du coucher, qui devient alors interminable et désespérant.

La maman de la petite Sarah, 6 ans, peut être fière d’elle. Elle progresse énormément dans la gestion de ses agacements face à sa fille qui peut traverser des moments de crises jusqu’à 4-5 fois par jour. Suivant les conseils sur la gestion de l’expression des émotions, Sarah et sa maman traversent ces turbulences avec plus de succès. Ils se font même moins fréquents.

Cependant un problème continue de peser sur cette maman: Sarah n’est jamais satisfaite. Alors que les raisons de ses colères et chagrins semblent résolus, Sarah se remet soit à pleurer, à chouiner dès que sa maman tente de passer à autre chose. Agacée malgré toute sa bonne volonté, la maman parfois repousse sa fille ou s’énerve avec elle, ce qui ne fait que empirer la situation.

Désemparée la maman me confie qu’elle se demande finalement si sa fille ne la manipule pas. Elle m’avoue avoir très envie de revenir à un comportement plus sévère avec sa fille en la punissant pour son manque de reconnaissance, ainsi qu’à moins attacher d’importance à ses multiples crises d’insatisfaction.

mumwraping

 

Alors que se passe-t-il ici ?

Pour l’enfant:

Pour Sarah comme pour tout enfant qui jusque là était habituée à être peu reçue et mal comprise dans ses moments de crise, dans ses colères, le nouveau comportement de Maman est aussi agréable que surprenant. De fait, au même titre que sa Maman, Sarah a besoin d’un temps d’ajustement.

Le fait est que si sa maman a décidé de changer son comportement parental, après une remise en question et une réflexion avec elle-même, Sarah elle, a simplement été projetée dans un nouveau type d’échange. Maman réagit différemment, ça fait du bien. Mais Maman s’énerve quand même encore. Alors à quoi dois-je m’attendre? Quel comportement dois-je adopter moi-même?

Souvenons-nous que l’enfant a besoin de notre connexion intense et sincère pour se réguler intérieurement. Si celle-ci devient aléatoire car nous-mêmes sommes aléatoires avec nos émotions vis-à-vis du comportement de nos enfants, il devient compliqué pour l’enfant de savoir quoi faire.

Dans le cas de Sarah: cette petite fille est anxieuse principalement à cause de la séparation relativement récente de ses parents, un peu renfermée et peu confiante avec ses vulnérabilités, par manque d’attention de ses parents face à ses émotions et l’expression de celles-ci.

Elle découvre que sa maman peut comprendre et recevoir ses émotions. Cependant Maman, encore un peu hésitante dans cette nouvelle démarche, lui laisse un goût d’insécurité.

De fait, alors que sa maman est intensément connectée avec elle, la crainte de Sarah est que cela s’arrête ou ne revienne pas si elle n’est pas en crise.

Elle va alors prolonger le moment aussi longtemps qu’elle le peut, sans se rendre compte que, au final, le résultat est que Maman est agacée. D’un autre côté cela crée une nouvelle crise, nouvelle opportunité pour Sarah d’être écoutée, consolée et entourée par sa Maman. Le cercle vicieux est en route.

C’est à ce moment que nous parents, devons intervenir en adulte. Rappelons-nous: adulte dans le sens, celui qui sait gérer sans peur.

Pour le parent:

Le sentiment de ne pas pouvoir satisfaire l’enfant laisse un goût de frustration et  un arrière goût de culpabilité.

Ce sont ces deux émotions qui conduisent dans notre cas, la maman de Sarah, à l’agacement et finalement à la colère: contre elle-même premièrement, puis contre sa fille.

Ce genre de situation peut se rencontrer également lorsque vous avez pris du temps pour jouer avec votre enfant, où lorsque vous pensez avoir été bon en consacrant du temps en rentrant du bureau plutôt que vous laisser tenter par le canapé qui vous tend les bras.

Que se passe-t-il ? En 3 points principaux:

  1. Malgré toute votre bonne volonté, sa coupe d’amour et d’attention n’est pas encore pleine.

Dans le cas de Sarah, elle aura besoin de beaucoup de moments intensifs pour réparer le manque, ré-instaurer la confiance que ses parents ont toujours autant d’amour pour elle après le cyclone émotionnel de la séparation.

De manière générale, après une longue journée d’absence, (longue pour les enfants, moins pour nous) quelques minutes de connexion aussi intensive soit-elle,  n’est pas toujours suffisant.

Le temps, comme tant d’autres notions, n’a pas les mêmes proportions pour nous que pour nos petits.

2. Peut-être que ce nous donnons n’est pas exactement ce qu’il, elle a besoin.

Parfois, même si le jeu était top, qu’il l’a même choisi lui-même, rien ne remplit autant que le contact physique: être porté, serré, câliné, chatouillé, et pleinement accepté.

A vos dépends, malgré vos efforts à planifier votre temps pour jouer avec vos enfants, leur consacrer votre intense attention, vous recevez en retour un comportement que vous interprétez comme de l’ingratitude.

Dans ce cas vous pouvez décider de passer un accord avec votre enfant: elle  choisit un jeu, une fois sur deux, et l’autre fois c’est vous. Quand c’est votre tour, optez le plus souvent pour un jeu qui implique le mouvement, le touché et le rire. Tous les enfants ont besoin de ce contact, physiquement plus musclé avec le plus costaud des deux parents, comme une bataille de coussins, un combat de chevalier imaginaire dans lequel vous êtes le cheval; les tous petits adorent qu’on leur court après et qu’on les attrape pour les serrer fort, ou encore tenter d’enlever les chaussettes de l’autre. Bref l’imagination des uns des autres trouvera un tas de jeux.

Ces dépenses et ces contacts physiques seront des pleins immédiats et des sources de satisfaction pour tous. 

dad playing with kids

3. C’est le moment de transition qui est difficile.

Et c’est le plus souvent le cas.

Souvenons-nous: les transitions sont difficiles pour les enfants car ils sont intensément dans le moment présent, qui n’a ni début et surtout pas de fin!

Bien des enfants ont besoin d’aide pour passer les transitions et c’est surtout le cas lorsque, après l’activité, c’est le temps du dodo qui suit.

Evitons donc, l’arrêt subit de l’activité, accompagné d’un sec et sonnant: “Au lit maintenant! “  Le risque de crise est très élevé!!

Il est important d’annoncer avant l’activité , que, après! ce sera l’heure du dodo!, puis 2 minutes avant, puis au moment où cela s’arrête: « tu te souviens on a dit… maintenant c’est le moment. Tu sais ce qu’il nous reste à faire: laver les dents, dire bonne nuit à maman, choisir la petite histoire et …dodo. Ok?! On y va? » et vous l’accompagnez. Et ce, jusqu’à ce qu’il, elle soit assez grand(e) pour faire la transition sans aide.

Sachons aussi être souple et prévoir dans le temps imparti initialement, quelques minutes supplémentaires, quand c’est vraiment difficile d’arrêter le jeu.

Et s’il, elle se met à pleurer, même si ça vous énerve, à juste titre car, vous aussi êtes fatigués et aimeriez passer à autre chose, essayez autant que possible de prendre sur vous et de reconnaître sa déception: “je sais mon chéri que c’est difficile et frustrant de devoir arrêter là; toi tu aimerais encore jouer parce que c’était pas assez. Et c’est là que vous devez lui assurer que cela reviendra: « je te promets que nous ferrons d’autres jeux demain encore. Je n’en veux pas d’autres, je veux celui-là! Ok on refera celui-là autant de fois que tu en auras envie. »

Le secret ici c’est d’être proche de l’émotion de votre petit (vous comprenez réellement) mais distant de la vôtre pour un instant (vous en avez marre et aimeriez bien que ça s’arrête).

Ca va s’arrêter soyez-en certain(e)!

Dans le cas de Sarah, la maman se doit d’accepter que pour un temps, sa fille a besoin d’être assurée que cette proximité intérieure avec sa maman va perdurer.

Sa maman lui donne-t-elle se dont elle a besoin? Certainement oui. Cependant Sarah a besoin aussi de ces moments de façon spontanée, et pas seulement en réponse à une crise. A 6 ans, une petite fille a besoin de moments privilégiés avec sa maman autour d’activités diverses et aussi de jeux plus physiques, même si Maman souhaiterait qu’ils soient faits avec Papa. Mamans single et séparées, c’est pas toujours simple mais c’est possible et indispensable.

Pour l’aider à s’ajuster, la maman doit prolonger son temps auprès de sa fille surtout lorsque c’est le moment de s’endormir; mais si cela ne suffit pas, il est important qu’elle l’aide à prendre en charge une partie de cette crainte:

“ je comprends que tu voudrais que ça ne s’arrête plus, et je te promets je continuerai à t’écouter et à te serrer plus souvent dans mes bras, comme on vient de le faire. Maintenant c’est l’heure pour toi de te reposer car le sommeil aussi guérit les chagrins. Moi je suis juste là, on laisse la porte ouverte comme cela je t’entends si tu as besoin de quelque chose. Je termine mes affaires, toi tu fais un magnifique dodo et on se retrouve demain matin. Je me réjouis déjà de te serrer sur mon coeur. Bonne nuit mon coeur. »

Même si l’enfant pleure encore un peu, si ce n’est pas des cris, ou de forts sanglots, c’est qu’elle se guérit elle-même.

Dans une séquence comme celle-là, l’enfant apprend

  • à gérer son émotion,
  • à appréhender la séparation de la nuit,
  • à faire confiance à son parent, et
  • à se réguler par lui-même.

Car la nuit venue, comme tout être humain, l’enfant fait face à sa solitude.

Il arrive souvent qu’à ce moment, certaines émotions traversées tout le long de la journée, sans même que l’enfant y ait prêté attention à cause du mouvement, de la succession des activités, de la présence des siens qui l’ont rassuré sur le moment,  ressurgissent, créant un sentiment d’insécurité ou de mal être inexplicable mais bien présent.

Savoir accompagner son enfant dès le début du moment du coucher, favorise cette transition ainsi que l’endormissement.

Pour terminer j’ajouterai que chaque enfant est différent. Certaines personnalités ont besoin de plus, d’autres de moins et cela personne n’y peut rien. Par contre tout le monde peut apprendre que parfois, le plus est l’ennemi du bien.

mother-and-daughter-playing-in-grass

Rassurons donc chaque jour nos enfants, petits comme grands, que, même si parfois cela ne semble pas assez, le plus important est de savoir que demain il y en aura encore.

L’ EQUILIBRE FAMILIAL EST A LA PORTEE DE TOUS

MHM