Voici 10 petites phrases (qui semblent) anodines dites aux enfants presque tous les jours, qui leur coupent l’élan dans leur évolution et à la longue leur font perdre confiance en eux.

1. Ne pleure pas. 

Refuser les pleurs à un enfant c’est refuser son état émotionnel, refuser qu’il soit triste, fâché, frustré. C’est décider que son émotion n’est pas valable.

Résultat: il finira par penser que ce qu’il ressent ne doit pas être exprimé. Avec le temps il refoulera ses sentiments pour ne pas vous déplaire.

Solution: reconnaître son sentiment: je vois et je comprends que tu sois triste, en colère etc.

Action: le contenir, le serrer contre soi, surtout dans les accès de grandes colères, sans parler, jusqu’à ce que toute son émotion soit dehors et que l’enfant soit calmé. Puis lui demander s’il va mieux. Lui demander de vous expliquer ce qui l’a mis en colère. S’il ne dit rien c’est qu’il ne se souvient pas et qu’il a passé à autre chose.

Un enfant rassuré systématiquement apprendra à se rassurer par lui-même. Un enfant rejeté dans ses émotions se sentira de plus en plus démuni face à ses émotions; dans ce cas soit il se fermera (jusqu’à l’adolescence) ou multipliera les crises pour alerter son parent de son état de détresse.

Conclusion: laisser pleurer un enfant, ou crier sur un enfant qui pleure c’est comme jeter de l’huile sur un feu. Ca ne fera que empirer.

2. Tu es comme ton père, tu es comme….

Suivi d’un commentaire négatif ou d’une comparaison négative.

Votre enfant vous regarde tous les jours dans tout ce que vous faîtes pour apprendre et devenir lui-même. De fait il souhaite être reconnu comme tel. La comparaison avec d’autres et de plus sur une intonation négative, le déstabilise et le rend fragile.

L’enfant a besoin pour se construire d’être reconnu pour lui-même. Il n’est ni comme sa soeur, ni comme son père, ni comme vous. Il est comme il est lui au même titre que vous aimez être reconnu pour vous-mêmes et pas en comparaison de votre collègue de travail, ou de votre mère. 

Solution: observer et valoriser l’enfant dans ce qu’il fait sans jugement, sans comparaison

Action: valorisez ses efforts, ses progrès encouragez-le à recommencer quand il a échoué, minimisez les échecs: « c’est pas grave, l’important ce que tu essayes; la prochaine fois tu feras encore mieux tu verras. » Remontrez autant de fois qu’il(elle) a besoin. Même si ça vous paraît démesuré.

Conclusion: un enfant comparé ne saura jamais si ce qu’il est, ce qu’il fait est assez bien. Au lieu de s’affirmer il regardera toujours comment sont les autres et se demandera si lui est à la hauteur ou pas. De fait il aura tendance à se sous-estimer et à penser que tout le monde est meilleur que lui.

3. Fais-ci, fais-ça.

Isabelle Filliozat est très claire sur ce sujet:

“ quand l’enfant obéit à un ordre, son cerveau frontal reste inactif”

Le cerveau frontal est l’aire qui commande les décisions; cette partie du cerveau permet de penser, décider, anticiper, prévoir et par conséquent, devenir responsable. Cette partie du cerveau arrive à maturité vers l’adolescence. Cependant, pas stimulée, elle ne peut pas développer tout son potentiel.

Solution: Expliquer le pourquoi du comment vous demandez quelque chose afin que l’enfant apprenne à faire des liens de cause à effet. Posez des questions pour vous assurer qu’il, elle a compris.

Action: préférez donner le choix entre deux options plutôt que donner des ordres. Donnez le choix à votre enfant de ne pas obéir, tout en l’avertissant que son choix aura des conséquences (positives s’il obéit, moins drôles s’il désobéit) puis tenez sur les conséquences que vous avez établies. Ainsi votre enfant apprendra à assimiler les consignes, choisir ses actes tout en  anticipant les conséquences.

4. Tu es trop génial! Trop trop trop

Complimenter un enfant c’est l’encourager. Le complimenter tout le temps, sur tout, c’est bloquer son réservoir de motivation à faire mieux. Trop de compliment, tue le compliment qui perd tout ses effets bénéfiques.

Solution: encourager l’enfant dans ce qu’il ne sait pas encore faire, ou pas au maximum de ce qu’il pourrait. Il n’est pas utile d’encourager les enfants sur des comportements attendus, acquis ou normaux. Exemple: c’est normal à 5 ans (s’il n’y pas de maladie ou problème bien sûr!) de savoir s’habiller seul, ou d’être poli avec les gens ou encore débarrasser son assiette de la table. Plus besoin de le, la féliciter.

Action: remercier l’enfant pour montrer votre satisfaction plutôt que féliciter. L’encourager à de nouvelles tâches. Récompenser une attitude générale par une chose qu’il n’attend pas. Exemple: l’emmener dans un endroit qu’il affectionne en lui disant: « tu me fais tellement plaisir avec tes résultats, ton comportement etc que j’ai à mon tour envie de te faire plaisir. »

Conclusion: il vaut mieux encourager un enfant à apprendre de nouvelles choses que le sur féliciter des choses qu’il sait faire. Récompenser l’ensemble de ses efforts est très motivant et gratifiant.

5. « Tu vas… tu vas tomber », « tu vas te brûler », « tu vas échouer, tu vas pas y arriver.. »

Au travers de ces phrases, nous trahissons notre angoisse de l’échec. On appelle cela de la projection. Résultat: nous emmenons notre enfant dans notre sentiment, dans notre émotion et la lui transmettons. Le risque est que à son tour il s’angoisse, et croit ce que vous dites. Il se projette dans l’issue que vous lui proposez: tomber, échouer, se faire mal etc..

Solution: garder ses émotions pour soi ( y travailler tant qu’on y est…) et transmettre des émotions constructives et positives à nos enfants.

Action: efforcez-vous à transporter votre enfant vers des images de réussite. « Tu vas y arriver! » « Essaye encore! » « Regarde bien où tu mets les pieds pour t’assurer que ça tient! » « Tiens la fort contre toi! (l’assiette que vous avez peur qu’il lâche) », « tu y presque, tiens-toi fort (alors qu’il monte à l’échelle du toboggan) ». « Fais confiance à ta mémoire (pour réussir un test scolaire), souviens-toi au lieu de n’oublie pas etc.. »

Conclusion: le cerveau fait des images avec les mots qu’il entend et s’y tient. Des mots d’échec crée des images d’échec, des mots de réussite crée des images de réussite. L’enfant construit sa confiance en lui et en ses capacités au rythme des mots et des phrases qui lui sont dites. 

6. « Bon Courage” lorsque vous laissez votre enfant chez son autre parent, ou à l’école

Bon courage sous-entend dans l’expression populaire, qu’il en faudra pour affronter des choses difficiles.

Solution-Action: utilisez une expression empreinte d’optimisme: « amuse-toi bien. »; « Profite-bien »

Conclusion: dans toutes les situations sans gravité avérée, laissez vos enfants sur une note d’optimisme et énergisante. Les enfants ne se souhaitent pas bon courage par contre adorent l’idée que là où il vont il vont s’amuser et avoir du plaisir. Le leur souhaiter sincèrement nous profite à nous-mêmes.

7. « On a loupé le bus à cause de toi », « j’ai mal à la tête à cause de toi », « tu m’énerves. » 

On appelle cela de la culpabilisation. Rendre l’enfant responsable d’une situation ou d’un de nos état interne est maltraitant. Rater le bus ou arriver en retard quelque part, est un problème de timing. L’enfant a mis trop temps à répondre à toutes les attentes? c’est possible.  Cependant le respect de l’horaire reste de la responsabilité de l’adulte (s’organiser autrement, exceptionnellement mettre les chaussures a son petit, faire moins de chose avant de partir)

Solution: regarder la situation d’un regard responsable et adulte. Expliquer clairement vos consignes et attentes si le temps est compté. Vos maux de tête vous appartiennent, comme votre énervement. En adulte on peut gérer cela sans en rendre responsable personne et de surcroît pas son enfant.

Action: s’organiser autrement, aider l’enfant plutôt que lui mettre la pression, prendre des petits moments à l’écart lorsque l’enfant est vraiment difficile, prendre un cachet en cas de maux de tête.

Conclusion: les phrases de culpabilisation sont à bannir; à la longue elles formatent l’esprit de l’enfant à la justification systématique ou à l’effacement. A l’extreme, l’enfant risque de devenir un souffre douleur, habitué(e) à être la cause de tous les maux des autres.

8. « Dépêche -toi! » (Qu’est-ce que t’es lent(e))

Deux mots que l’on continue de s’entendre dire toute la vie. On finit même par se le dire à soi-même.

C’est bien plus le ton qu’on utilise pour le dire qui est néfaste que le contenu en lui-même. En effet le ton stressant qu’on utilise pour le dire à des effets anxiogènes garantis. La preuve en est qu’on doit le répéter au moins 10X pour finalement aucun un effet.

Solution: remplacer cette expression par une attitude stimulante et encourageante.

Action: avec les petits, tourner la chose sous forme de jeu: « le 1er qui a mis ses chaussures a gagné! » Pour les plus grands: planifier le temps et avertir: « encore 5 min de télé et ensuite il faut se préparer »; puis avertir à 2 min. Cela stimule l’enfant à se projeter dans l’étape suivante. S’il a commencé à lire l’heure, lui rappeler de penser à surveiller l’heure; cela l’entraînera à être autonome sur la gestion de ses horaires. Si vous êtes en retard vous-mêmes, encouragez vos enfants en prenant la responsabilité: “je me suis mis en retard, maintenant nous allons nous dépêcher un peu pour quand même être à l’heure;” ou “préparons-nous rapidement” et aidez-les !! 

Conclusion: le stress et la pression sont des sentiments négatifs qui bloquent. Le résultat est alors à l’opposé que de ce que nous recherchons. Les enfants élevés à coup de stress et de pression deviennent plus angoissés que la normale et peinent à être confiants en eux-mêmes ne sachant plus faire les choses sans qu’on les y pousse et souvent stressés ils ont tendance à être peu centrés sur leur tâche.

9. “Sois sage”

Sonnant comme un ordre, cette expression est souvent suivie d’une menace: « sois sage, sinon…. » Et même si on ne la dit pas, elle est sous-entendue.

L’ordre comme la menace est néfaste pour l’enfant.

Cette expression désuet ne signifie rien et est aberrante. La sagesse est quelque chose qui s’acquiert tout au long de la vie alors comment un enfant pourrait être sage sur commande? 

Solution: ne plus dire sois sage, ça ne sert strictement à rien!!

Action: comme cette expression s’utilise lorsqu’on laisse l’enfant quelque part préférez des paroles comme: « à tout à l’heure », « amuse-toi bien », « je t’aime », « je me réjouis déjà de te revoir », « profite bien », Si vous lui avez donné des consignes de conduite: pas courir chez Grand-Maman ou autre, rappelez-lui en termes de complicité: “tu te souviens ce qu’on a discuté ensemble? je sais que tu vas le faire. »

10. « Il faut que,  Tu dois, tu devrais… »

Essayons de compter dans une journée le nombre de “il faut” que l’on dit ou que l’on entend dire.

Presque impossible à de ne pas dire cette petite phrase a des effets contraignants que soit même on n’imagine plus. Lorsque le patron dit: il faut qu’on accélère, il faut augmenter les commandes. Tout le monde se sent un peu mal car, non seulement nous comprenons que le travail est insuffisant et qu’en plus nous sommes mis sous pression d’une contrainte que  nous ne savons pas toujours comment régler.

Solution: choisir des termes non contraignants

Action: remplacer chaque il faut par : « je désire, je souhaiterais. » Exemples: « Il faut arroser le jardin avant la nuit: j’aimerais bien que tu arroses le jardin avant la nuit ». Tu dois encore mettre la table: « c’est ton tour de mettre la table tu te souviens? » « Il faut ranger tes chaussures qui traînent dans l’entrée: je souhaiterais que tu mettes tes chaussures dans le buffet« . « Faut t’arrêter de suite de pleurnicher: stpl peux tu me parler normalement ?« 

Apprenez à reformuler aussi cette habitude dans le vocabulaire de vos enfants. “ il faut que je fasse mes devoirs: je vais aller faire mes devoirs. » Apprenez-lui à se réjouir de ce qu’il pourra faire après ces devoirs, rappelez-lui la satisfaction qu’il, elle a eu après un devoir réussi.

Conclusion: nous savons tous qu’il y a des contraintes dans la vie. Nous savons aussi que ces contraintes ont un effet positif pour quelque chose d’autre. Concentrons-nous sur ces effets bénéfiques et ne rajoutons pas d’effet contraignant inutiles par des “il faut”, “on doit” là où il n’y en pas besoin. L’enfant élevé à la contrainte aura tendance à voir la vie en terme d’obligation et d’interdiction sans réaliser que la plupart des choses se font par choix délibéré et responsable.

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