Une des clefs du succès de la bonne relation entre parent et enfant est la qualité de l’écoute des parents. Les enfants parlent beaucoup et ce n’est pas toujours évident d’être à 100% à l’écoute. Notre niveau de vigilance dépend également de notre état de fatigue, de notre état mental, des différentes préoccupations qui nous taraudent sur le moment et bien souvent de notre propre état émotionnel.

 

 

Maman écoute

Papa écoute attentivement

 

Aucun parent se doit d’être attentif à 100% le 100% du temps. Par contre prendre de bonnes habitudes d’écoute favorise le développement de l’enfant et construit la relation entre parents et enfants sur des bases solides.

En 12  points voilà quelques attitudes parentales favorisant l’écoute active et constructive

  1. Accorder  TOUTE l’ attention.

Lorsque l »enfant parle, il est important de l’écouter pleinement. Oui évidemment dirons-nous! Cependant, parfois, nous parlons tout en continuant de vaquer à nos occupations ou tout en étant distrait par autre chose. Les enfants s’en rendent compte et ne disent le plus souvent rien. Et soudain sort cette phrase blessante que nous ne comprenons pas: « de toute façon tu m’écoutes jamais ». Ce n’est pas vraiment vrai, mais pas vraiment faux non plus.

Faire une différence entre papoter avec votre enfant et l’écouter est primordial. Parfois il vaut  mieux différer la discussion en lui disant gentiment: « on va discuter les deux; laisse moi finir (ce que vous êtes en train de faire qui divise votre attention) et je suis entièrement à toi ». 

2. Se mettre à la hauteur de l enfant pour l’écouter quand le moment est important. Les petits enfants lisent d’abord l’expression du visage et des yeux avant d’écouter les mots. Tout, dans notre visage, doit montrer que nous sommes complètement attentifs et à l’écoute.

3. Reconnaître et nommer ses sentiments

Reconnaître et nommer les sentiments ou ce qui se passe, aide l’enfant à construire sa confiance en lui (lorsque je parle je suis compris, Maman, Papa comprennent ce que je vis) et favorise l’apprentissage du vocabulaire émotionnel. « je vois que tu es très fâché après ton frère », « quelque chose qui s’est passé à l’école te rend très triste »; « tu es très triste qu’il ne veuille pas te prêter ce jouet »; « ma remarque t’as agacée »; « ce changement d’horaire ne te met pas en joie » Ceci est valable surtout chez les tous petits qui n’ont pas encore les moyens cognitifs pour reconnaître et différencier leurs sentiments, ni de gérer leurs émotions par eux-mêmes.

Cette attitude parentale exercée depuis la plus tendre enfance construit des enfants puis des adolescents qui s’expriment plus facilement sur leur vécu émotionnel, ce qui favorise la continuité du dialogue avec les parents et donc aide les parents à comprendre ce qui se passe; même si, par la force des choses, ils gardent certaines « secrets » pour eux-mêmes. 

4. Dire des mots empathiques plutôt que de sonder. 

L’empathie fonctionne comme un miroir dans lequel on peut refléter ce que l’on ressent. Reconnaître une émotion à haute voix permet de se reconnaître en elle. (ou pas). Ainsi il est préférable d’offrir ce miroir à l’enfant, plutôt que tenter ou de chercher à savoir ce qu’il ressent en posant des questions. Souvenons-nous: les émotions de base sont au nombre de cinq et les enfants en expriment le plus souvent 3 : la colère, la joie et la tristesse. Donc dire: « tu es tellement en colère »; « tu as un gros chagrin »; « tu es super content » va 9/10 coller avec ce qu’il ressent.

Avec les grands préférez : « tu es silencieux ce soir »; « tu es frustré ou tu es contrariée »; ou « ça te met les nerfs ». Cette attitude empathique va susciter beaucoup plus d’informations que des questions directes (mais qu’est-ce que t’as? comment te sens-tu? c’est quoi qui te met dans cet état?) qui vont lui donner l’impression que vous  essayez « d’entrer sans frapper » dans son fort intérieur, ce que les adolescents détestent.

5. Bien évaluer la proximité pour leur parler, éviter de les mettre en situation « d’interrogatoire ».

Dès qu’ils ont l’âge de raison et la mémoire des évènements il est parfois préférable de différer la discussion à un moment plus propice. Comme pour nous il est souvent plus simple de parler en marchant, assis côte à côte dans la voiture, ou le soir avec la lumière tamisée ou éteinte.

La raison est que parfois nous avons besoin d’être intensément connectés avec nous- mêmes pour mieux exprimer ce que l’on ressent. Dans un face à face, le regard de l’autre nous renvoie directement des sentiments, des émotions sans qu’il y ait des mots, mais qui conduit et parfois redirige le cours de notre pensée. En marchant, en roulant, ou assis face à beau paysage, chacun regarde son horizon, son focus interne, les images qui se forment en racontant son récit sans être perturbé ou redirigé par le regard de l’autre. 

Avec les jeunes adolescents: la marche ou la ballade en voiture avec de la musique est très propice aux confidences.

6. Aider  l’enfant à traverser ses émotions avec empathie. 

Comme déjà dit plus haut, les tous petits sont envahis par les émotions sans avoir les moyens d’y faire face par eux-mêmes.

Il est  très important de rester avec eux pour les aider à traverser cette zone de turbulence; cette forme d’écoute intensive est primordiale pour aider le petit enfant à se construire sur le plan émotionnel. ** 

Partager ses joies est plus simple, cependant tout autant important.

7. Laisser l’émotion s’exprimer et la reconnaître plutôt que chercher à la changer ou la calmer. 

Consoler, calmer, faire cesser de crier est tout à fait normal et spontané. Cependant et dans la continuité du point précédant, il est préférable de ne pas tenter à tout prix de couper court aux émotions que l’enfant traverse mais bien plutôt de la reconnaître et de l’accompagner.

C’est le premier pas vers l’acceptation de ses  propres émotions qui vont jalonner notre vie, ainsi que la première étape vers l’apprentissage de leur gestion.

Couper systématiquement un enfant dans son émotion, même avec la meilleure intention du monde ( de le consoler, de faire cesser sa souffrance et par le même occasion la nôtre…) risque, avec le temps, de créer des enfants peu expressifs, contenus, et dans le pire des cas violents et agressifs (nous reviendrons dans un autre post sur cette problématique).

Cette attitude demande au parent de prendre en charge sa propre émotion sur le moment et de faire preuve de patience. 

8. Ne pas essayer de régler le problème.

L’enfant doit apprendre à résoudre des problèmes pour apprendre à devenir autonome. L’idée ici est donc de le laisser exprimer son émotion jusqu’à ce qu’il se soit calmé et ensuite commencer à expliquer ce qu’il se passe vraiment et regarder avec lui comment il pourrait régler son problème du moment, celui qui l’a conduit dans cet état émotionnel. C’est le meilleur moyen d’apprendre progressivement à résoudre ses petits tracas soi-même.

9. Acquiescer sans parler. Savoir écouter silencieusement.

 Pas facile de ne rien dire lorsque votre enfant vous raconte ses tracas, ou qu’il raconte une histoire qui paraît sans fin; cependant l’enfant comme nous a parfois besoin “juste” de parler,  de dire sans rien attendre en retour.

Exemple: Votre garçon de 14 ans finit par vous expliquer qu’il est en colère à cause de la réaction d’une fille qu’il croyait amoureuse de lui. Laissez le s’exprimer; en même temps qu’il parle il prend conscience de ce qu’il ressent vraiment. Lorsqu’il s’arrête et qu’il semble avoir terminé,vous pouvez lui demander: y a t il quelque chose que tu souhaites que je fasse pour toi? ou “ et moi dans cette histoire, je peux faire quelque chose pour t’aider?” Si la réponse est non alors acceptez. Faites-lui savoir que vous serez toujours à son écoute: « Si tu as besoin de moi dis le moi, je suis là puis terminer l’échange: “Y a-t-il autre chose dont tu voudrais me parler ?” Si la réponse est non: respectez, remerciez puis clore la discussion: « ok. Je te remercie pour cet échange, j’aime bien parler avec toi: j’apprends plein de choses sur toi et ça me montre combien tu as grandi. Je suis fière de toi. » Une caresse, un bisou pas d’effusion, rien que l’enfant ne demande pas. Puis quitter la chambre.

10. Créer un climat sécurisant pour parler en gérant vos propres émotions.

Pour que l’enfant puisse s’exprimer librement il a besoin de vous sentir solide, prêt à tout entendre. Vos émotions risquent de vous envahirent mais les laisser apparaître au point de vous empêcher d’être à SON écoute, risque de rompre le flux. Les émotions qui pourraient vous étreindre: la culpabilité:  » j’aurais dû savoir éviter cela, j’aurais dû être là » ; l’anxiété:« comment va-t-elle surmonter cela », la tristesse: « oh mon bébé comme son coeur a dû lui faire mal » etc. Réunissez toutes vos forces pour penser que la priorité à ce moment là, c’est votre enfant et ce qu’il dit et pas ce que vous ressentez. Vous êtes adultes et avez les moyens de gérer cela plus tard. Cela ne veut pas dire que vous ne devez pas dire ce que vous ressentez; dire et se laisser submerger sont deux choses différentes.

11. Adapter le ton de voix aux propos. 

Le ton de voix est capital dans la façon dont l’interlocuteur va enregistrer et comprendre ou interpréter votre propos. Nous avons tous vécu cela: « la façon dont il m’a dit cela, on aurait vraiment dit qu’il en avait rien à faire! ou qu’elle me prenait de haut, ou qu’il se moquait de moi ». Le ton de votre voix, la façon dont vous répondez aux dires de vos enfants va donner le sentiment à votre enfant soit d’être entendu et compris ou soit d’être incompris ou peu pris au sérieux, voir ironisé. De tels sentiments négatifs, même si telles ne sont pas vos intentions, vont à la longue démotiver l’enfant à se confier, à raconter ses journées ou de manière plus généralisée, à prendre la parole en groupe ou pas de manière appropriée.

12. Adapter sa réaction à l’humeur de son enfant. Avoir des réactions mesurées.  

Si l’enfant est déçu de ne pas avoir gagné son match de tennis et que vous, ça vous détruit, ou vous agace,  il va être difficile pour vous d’écouter ce que votre enfant ressent vraiment. Il risque même de décider de ne rien dire, pour ne pas aggraver votre état d’âme.

De la même manière montrer un excès d’enthousiasme en pensant soutenir les efforts de votre enfant, va avoir pour effet de bloquer votre enfant dans l’expression de sa propre joie.

D’une manière générale, avoir une belle écoute active et bienveillante avec son enfant, demande au parent de faire partiellement abstraction de ses propres sentiments pour laisser la place à ceux de l’enfant; ainsi distancé de vos propres sensations émotionnelles, vous pourrez refléter avec empathie celles de votre enfant, le soutenir à traverser l’émotion existante, le guider dans l’expression et la gestion de ses émotions et lui apprendre à étoffer son vocabulaire émotionnel.

Pour en savoir plus sur l’importance de d’aider l’enfant à traverser ses émotions

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