Depuis la rentrée scolaire je réfléchis à cette phrase qu’on entend presque tous les jours,

parlant des enfants qui se moquent, humilient ou harcèlent à l’école, dans le préau ou sur les terrains de jeux… 

 

les enfants sont terribles à cet âge”;

les enfants peuvent être vraiment cruels les uns envers les autres, c’est souvent une manière de s’imposer

cet enfant là est vraiment terrible, je me demande bien ce que font les parents…

Quelque soit la situation, je suis toujours peinée, tout autant pour l’enfant humilié que pour l’enfant moqueur, intimidateur.  

Les enfants sont-ils réellement incapables d’empathie à l’égard de leurs paires?

Sont-ils vraiment si concernés par leur propre personne qu’ils n’ont aucune faculté à s’intéresser au sort des autres?

Si les enfants en âge scolaire sont capables de décider de leurs actes, il n’en reste pas moins que leurs motivations viennent de leurs propres émotions ET des modèles qu’ils suivent.

Doivent-ils être tenus responsables de leurs actes? Oui.

Cependant avec empathie en explorant leurs motivations et en leur offrant la possibilité de modéliser des comportements plus appropriés pour répondre à leurs besoins.

De la même façon que je crois que l’intimidation ou la “cruauté relationnelle” commencent le plus souvent à la maison, je suis convaincue que l’empathie doit aussi commencer à la maison. 

Je veux dire non seulement l’empathie à l’égard de nos enfants, mais l’empathie en tant que réel apprentissage. 

C’est souvent lorsque des évènements tragiques arrivent comme le suicide d’un enfant qui s’est fait humilié(e) et harcelé au travers des médias sociaux que nous nous disons qu’il est temps de faire quelque chose. 

Le fait est que nous attendons souvent que les solutions viennent de l’extérieur: des Institutions, des politiques, des législateurs. 

Et pourtant, une des solutions immédiates vient de nous.

Nous avons un pouvoir incroyable: celui  d’élever des enfants qui se soucient réellement des autres. 

Une  génération  pleine de parents  profondément aimants  changerait le cerveau de  la nouvelle génération, et  par là même, le monde

Charles  Raison

J’ajouterais et qui enseignent l’empathie comme une attitude globale

Cela sonne-t-il un peu « Bisounours » dans un monde de brut…? ok, je vous le concède. 

Et pourtant…nous rêvons tous d’un monde plus empathique, dans lequel on serait mieux compris, moins jugé, et dans lequel la communication serait plus positive et moins agressive.

Et si nous commencions dès aujourd’hui à éduquer la génération en devenir juste pour voir… 

 

Voici 4 moyens d’enseigner l’empathie comme attitude générale

1. Enseigner à reconnaître et nommer les émotions. 

Pour se soucier des sentiments des autres, il faut d’abord prendre conscience de ses propres sentiments. 

C’est en les reconnaissant, en les nommant pour lui,elle, lorsqu’ils apparaissent, que l’enfant prendra conscience des émotions et sentiments qui vont et viennent en lui. 

Très souvent les parents se précipitent pour arranger les choses afin d’éviter aux enfants qu’ils soient victimes d’émotions négatives. 

Même si cela vient d’une sincère intention de les protéger, agir ainsi, est souvent ne pas leur rendre le service qu’on pense leur rendre. 

Les émotions négatives font partie de la vie, à tous les âges, à toutes les étapes. 

Il est donc important que les enfants apprennent à reconnaître ses émotions négatives et à les gérer, au même titre que les émotions positives. 

On ne devrait d’ailleurs même plus donner de valeur +/- aux émotions et seulement les décrire en terme d’intensité. Mais cela est autre sujet. 

Vous n’avez pas encore vraiment enseigné à vos enfants à reconnaître et nommer leurs émotions et ils ont déjà bien grandi? 

Pas de souci. Il n’y a pas d’âge pour apprendre un vocabulaire émotionnel. 

Il y a tellement d’adolescents qui sont en manque de mots pour exprimer ce qu’ils ressentent et qui peinent à dire autre chose que « ça m’énerve », ça me rend fou », (ou je me demande si je suis fou, folle) « ça me rend triste.

Je peux vous garantir que l’élargissement de leur vocabulaire émotionnel est d’une grande aide et ils le reconnaissent eux-mêmes.

La vie est faite de hauts et de bas, et d’une large palette de couleurs intermédiaires entre tout noir et tout beau – vous en faîtes l’expérience vous mêmes – vous l’ observez tous les jours autour de vous. 

Votre propre vocabulaire émotionnel vous semble limité? 

Tentez de discuter des émotions aussi souvent que vous le pouvez et notez ce que les autres disent.

Découvrez ici une palette des émotions que vous pourrez utiliser pour vous et vos enfants. Téléchargez ce 📂pdf

Il est question ici d’apprendre à déceler, reconnaître et nommer; pas forcément de prêter une attention excessive à ces mêmes émotions tout le long de la journée. 

 

2. Parler ouvertement plutôt que cacher pour protéger

Le monde peut être un endroit effrayant et de plus en plus depuis l’apparition d’internet. 

Le flux constant d’informations négatives et effrayantes nous atteint, bouscule notre sentiment de sécurité, notre confiance et parfois finit même par nous angoisser.

Les parents se sentent encore plus concernés par ses dangers qui semblent nous échapper et pourtant qui sont si proches de nous.  (cybercriminalité, harcèlement sur média sociaux, détérioration de l’environnement, toxicité de l’alimentation pour n’en nommer que quelques-uns) 

En conséquence, beaucoup de  parents ont tendance à tenir les enfants à l’écart de ces nouvelles alarmantes pour protéger et préserver  leur innocence. 

Je ne pourrais  blâmer aucun parent qui, regardant les yeux brillants et innocents de leur enfant, pensent à ce que leur petit coeur va ressentir en apprenant les choses terribles qui se passent dans le monde. 

La vérité est que, le fait de parler de problèmes existants et d’histoires parfois tragiques, ouvre la porte à la pensée empathique. 

Cacher ces faits, ces réalités, envoie le message que ces choses n’ont aucune importance.

Parce que, soyons en sûrs, s’ils ne les apprennent pas à la maison, ils les découvriront dans des endroits bien moins sécurisants comme l’école, la cour de récréation, le bus, le terrain de jeu. 

Lorsque nous nous engageons dans une conversation instructive et constructive, nous plantons les graines de l’empathie. 

Bien sûr, tous les sujets ne peuvent être abordés de la même façon dépendant de l’âge de l’enfant. 

Aborder des sujets de société délicats nous obligent également à sonder notre niveau d’empathie, notre intensité d’angoisse et/ou de révolte face à ces évènements. 

On ne plantera de bonnes graines d’empathie que si nous nous sentons à l’aise d’en parler et capable de le faire sans jugement. 

Pas facile du tout … pensez à vous mettre d’accord entre partenaires parentaux. Vous pouvez aussi vous entourer de votre famille élargie ou d’amis si vous êtes parents solos. 

 

3. Modéliser la pratique de l’empathie de façon générale

Cela paraît évident ou tout du moins facile quand il s’agit d’être plein d’empathie avec ceux qu’on aime, et pourtant… 

Avec les modes de vie super active que nous avons tendance à mener aujourd’hui, ils nous arrive malgré nous, de se laisser dépasser par nos propres émotions et de ne plus faire preuve de réelle empathie vis-à-vis de nos proches. 

La fatigue, le stress, les préoccupations, tout autant de facteurs qui déclenchent des sentiments d’angoisse, d’impuissance parfois.

Il devient alors facile de perdre patience ou de perdre du vue, ce que l’autre ressent surtout quand il s’agit des enfants. 

Lorsque ces zones de vulnérabilité sont atteintes, souvenons-nous de premièrement prendre nos émotions à notre charge.

Puis de respirer pour retrouver son calme et ainsi pouvoir faire preuve d’empathie pour nos enfants qui expriment leur propre vulnérabilité comme ils peuvent. 

Il en va de même dans le vie de couple; plus les enfants entendront leurs parents, être empathiques  l’un envers l’autre, plus ils apprendront à l’être à leur tour, notamment avec leurs frères et soeurs.  

Beaucoup de parents sont très au fait de pratiquer une éducation bienveillante et empathique et pourtant semblent oublier tous leurs principes lorsqu’il s’agit de parler des autres ou aux autres.

Cela est très difficile pour l’enfant qui écoute et apprend, de comprendre pourquoi, alors que Maman et Papa sont si compréhensifs avec lui, pourquoi ils se transforment en juges sans pitié, lorsqu’ils sont au téléphone à parler de leur enseignant(e) avec le parent de leur meilleur(e) ami(e). 

C’est encore pire lorsque cela se produit au sujet de l’autre parent (divorce), ou à l’encontre de Mamie ou de Tonton. 

La clé pour élever des enfants remplis d’empathie est de faire preuve d’empathie envers vos proches et de façon générale avec le monde.

Lorsque les éventuels conflits sont trop sérieux pour parler positivement de l’autre alors il est encore possible d’exprimer la réalité en étant empathique, notamment avec soi-même.

« je suis très en colère avec ton parent, et il (elle) certainement aussi très en colère avec moi. C’est que nous avons pas été très bons pour se comprendre. 

C’est très difficile pour moi, et je te promets que je fais des efforts pour lui parler sans crier. 

Je fais de mon mieux et je veux vraiment te montrer qu’on peut rester aimable même quand on est très en colère. »

Faire preuve d’empathie dans notre vie quotidienne aide les enfants à développer un sens interne du bien et du mal, et de façon plus importante, leur apprend l’acceptation de l’imperfection de l’autre comme de lui-même. 

 

4. Faire des actions concrètes.

Il est souvent plus facile de signer un chèque pour une organisation d’entraide que de donner un peu de son temps pour faire des actions concrètes auprès de ceux qui en ont besoin.

Ni voyez aucun jugement, juste un constat. 

Si le but est d’apprendre et d’insuffler une attitude empathique aux enfants, faire des actions concrètes est le meilleur moyen. Cela peut être de toutes petites choses comme 

  • proposer à une personne vulnérable de l’aide traverser la chaussée
  • dire un mot gentil à une maman en difficulté avec son enfant au magasin
  • apporter une part de gâteau qu’on vient de confectionner à la voisine qui ne reçoit que peu de visite.

Les enfants sont très sensibles et réceptifs aux actions d’entraide. Ils éprouvent un réel plaisir et une grande joie de savoir qu’ils ont pu rendre quelqu’un heureux, même l’espace d’un instant. 

Ils apprennent de l’exemple que nous leur donnons. 

Je me souviens l’histoire qu’une amie m’avait racontée au sujet de son fils. 

Un jour alors qu’elle attendait dans la queue à la caisse d’un super marché, un Maman accompagnée de 2 enfants s’est retrouvée avec des cartes de paiement refusées. 

Honteuse, cette femme commençait à retirer des article de son cadis au plus grand damne des enfants.

Mon amie spontanément proposa de payer le montant du cadis qui ne comportait rien de superflus. 

Son fils de 7 ans posa des questions sur le chemin de retour. 

Quelques semaines plus tard, rentrant tardivement à la maison avec son fils, un homme visiblement sans domicile fixe, était couché dans l’abri bus à leur arrêt.

Le petit, intrigué questionna sa mère sur la situation. 

Au moment d’aller se coucher, elle trouva son fils sur le sol, à côté de son lit. 

Pas question de le faire se coucher dans son lit.

Il dit alors à sa mère:

je ne vais pas pouvoir dormir si je n’ai pas aidé ce monsieur. Si je lui apporte mes sous ($20 de sa cagnotte) il pourra prendre le bus et aller là où ils ont des lits pour les gens comme lui

Mon amie aida son fils à réaliser son voeux d’entraide. L’homme était toujours là où ils l’avaient vu. 

L’histoire ne dit pas si l’homme est allé dormir dans un foyer pour sans domicile fixe, mais 3 personnes s’endormirent ce soir là, en pensant que le monde peut être un peu meilleur. 

Et définitivement cette Maman a planté des graines d’empathie dans le coeur de son fils. 

Faire des actions concrètes comme aider une personne vulnérable, se porter volontaire pour aider les autres est un excellent moyen d’apprendre l’empathie à vos enfants.

Cela apprend à observer et prendre note de ce qui se passe autour d’eux, à écouter leur coeur,

Cela apprend à s’intéresser au sort des autres.

Alors que nous cheminons doucement vers les fêtes de fin d’année, peut-être pourrions-nous planifier de faire une action concrète à cette occasion. 

 

L’EQUILIBRE FAMILIAL EST A LA PORTEE DE TOUS

MH