Select Page

 Beaucoup de parents se sentent dépassés et très frustrés par la façon manipulatrice dont leur enfant tente de les faire plier à leur volonté.

Alors comment sortir de cet inconfort relationnel avec ses enfants?

Maman manipulée? C’est souvent difficile de rester calme face à un enfant qui essaye de vous pousser dans vos limites et très douloureux de sentir que votre propre enfant cherche à tirer avantage de vous.

Le fait est que vous souhaitez profondément le satisfaire, faire en sorte qu’il se sente bien et heureux. Votre bon sens vous fait  vous positionner, vous fait parfois dire « non », ou « non pas maintenant » et votre enfant ne semble pas comprendre cela ou en tous les cas ne l’entend pas de cette oreille. C’est alors que pourrait commencer le cycle de la manipulation.

Ce déséquilibre entre votre volonté d’être bon et bienveillant avec votre enfant, et son apparente négation de vos bons sentiments à son égard vous met dans une situation qui malgré vous, pourrait vous entraîner dans une séquence de communication manipulatrice. 

Alors comment garder son calme, son aplomb, son intégrité lorsque votre enfant se dresse devant vous, vindicatif, vous manquant de respect, vous menaçant ou jouant avec vos sentiments les plus profonds: “ tu ne m’aimes pas », » tu n’en as rien à faire de moi », « tu te comportes pas comme une maman », « si tu ne me donnes pas ça alors… », « je te parle plus », « je ne t’aime plus », ou encore: » tu préfères mon petit frère et ça depuis toujours », « de toute façon je préfère vivre chez Papa etc » 

Comprendre comment la manipulation s’installe.

C’est bien un mode de communication qui s’est installée petit à petit entre vous et votre enfant. La manipulation est un mode de communication qui s’apprend, ce n’est pas inné; certains la comprennent mieux que d’autres, certains l’utilisent plus que d’autres, certains en font leur spécialité et certains deviennent des grands maîtres en la matière à l’âge adulte en en retirant parfois une satisfaction pathologique.

Cependant pour tous, cette façon de communiquer, puis d’obtenir ce que l’on veut s’est installée progressivement comme une programmation mentale.

La manipulation commence dès que l’un utilise la force pour faire passer sa volonté face à l’autre ET que l’autre y répond par un comportement de surenchère de la force ou une attitude de retrait. 

Cela montre bien que pour qu’il y ait manipulation il faut être 2 dans le même schéma de communication, à savoir:  tenter de faire passer sa volonté et/ou accéder à la requête par un autre biais  que la simple demande naturelle, ou la réponse volontaire.

Exemple: vous demandez à votre enfant de ranger ses jouets, il refuse.

  • Vous demandez une seconde fois, il refuse toujours.
  • Alors vous lui dites: « c’est pas gentil de ta part »: la manipulation a commencé. Vous tentez de faire passer votre volonté par la culpabilisation.
  • Ou alors vous lui dites: ok « si tu range ta chambre t’auras une glace »: autre forme de manipulation: vous tentez de faire passer votre volonté par un appât.
  • Ou encore: « ok on ira pas à la piscine » (alors que vous savez très bien que vous irez..) vous tentez de faire passer votre volonté par la frustration.

Autre scénario: votre enfant lance ses jouets au lieu de les ranger, vous vous énervez:

  • la manipulation a commencé, c’est lui qui tient la main, il tente de faire passer sa volonté par la colère.
  • Vous restez dans la chambre mais le mettez au coin 2 minutes; après 2 minutes, ne voulant toujours pas ranger sa chambre, il refuse de sortir du timeout et reste collé au mur.  La contre manipulation est en place, le rapport de force a largement commencé. Et tout dans votre ton, dans l’expression de votre visage signifie à votre enfant que le processus est engagé et actif.
  • Finalement exaspéré,e vous rangez les jouets, et lui vous regarde faire avec une moue entre la satisfaction et l’air renfrogné:
  • votre action lui indique que vous lâchez le morceau.(attitude de retrait) Sa mine renfrognée signifie qu’il comprend que la séquence va s’arrêter et il en est déçu parce que finalement il était en communication avec vous et sent que,
  • vous allez tourner le dos mettant fin à l’échange et cela c’est très douloureux. Ultime contre manipulation de votre part (vous le laissez sur un sentiment de culpabilité et de frustration) même si vous avez le sentiment que le perdant c’est vous.
  • Par votre retrait, (comme on couche le Roi dans une partie d’échec pour signifier qu’on accepte avoir perdu la partie), vous venez de donner la conviction à votre enfant que son comportement est efficace.

Vous comprenez maintenant comment votre petit, va, à tout prix chercher à re connecter la communication avec vous; frustré, il paraît évident qu’il ne va pas forcément venir vous faire un câlin et s’excuser mais bien plutôt tenter de re initier une séquence manipulatrice puisque selon son expérience, ce genre de séquence marche très bien.

Ceci n’est qu’un exemple d’une séquence possible. Cet exemple a pour seul but de montrer comment, sans qu’on en soit toujours conscient, un cycle de manipulation peut s’installer entre vous et votre enfant, initié par le parent. Nous comprenons maintenant mieux comment, si ce genre de séquence se répète journellement, la manipulation devient un mode de communication et non un aspect de la personnalité de l’enfant.

Alors comment sortir de ce genre de cycle ou mieux, comment ne pas y entrer.  

1. Repérez ces comportements manipulateurs, ou ces tentatives de manipulations.

Les enfants actionnent ces tentatives quand ils veulent obtenir quelque chose ou éviter quelque chose.

La manipulation risque d’être déclenchée lorsque vous êtes atteints émotionnellement à tel point que cela déclenche une réaction de votre part. 

manipulation.fillette

Astuce pour commencer: faites-vous une liste des comportements les plus fréquemment utilisés par votre enfant pour obtenir quelque chose, et qui relèvent de la tentative de manipulation. Notez-les. Cela vous aidera à les repérer quand ils surgissent et vous rassurera le moment venu, que vous êtes capables d’y faire face.

2. Apprenez alors à repérer vos émotions en même temps que la tentative. Lorsque vous êtes touchés, commencez par vous demander où vous l’êtes et pourquoi. Exemple: vous vous sentez coupable:  « mon travail me prend trop de temps et je n’en ai plus assez pour mon enfant ». Demandez-vous si votre travail rend réellement triste votre enfant où si au contraire, vous êtes un exemple pour lui et de ce q’il sera amené à faire lui-même plus tard. « Non, votre travail ne le rend pas malheureux« , alors distancez-vous de l’impact de ses mots sur vous.

Les comportements usuels qui nous atteignent sont: le mensonge, la dissimulation, les cris, les insultes, la victimisation, la menace, l’accusation ou encore la division pour mieux régner (utilisée avec les frères et soeurs, le plus souvent à l’encontre des cadets)

3. Séparez le contenu émotionnel de ce que votre enfant dit et/ou tente d’obtenir.

Ecoutez l’émotion qui l’étreint à ce moment là: la colère, la tristesse, la déception, et reconnaissez-la. Puis considérez ce que votre enfant demande. Parfois derrière son comportement se cache une demande qui n’apparaît pas évidente: demande d’attention bien sûr, également autorisations, besoin de dire quelque chose, d’exprimer un sentiment qu’il,elle craint de vous dire en direct etc.

4. Connaissez et reconnaissez vos zones de vulnérabilité ou points sensibles. Ce sont ceux que votre enfant a aussi repéré et sur lesquels il viendra pousser à chaque fois qu’il en a besoin. D’où l’expression bien connue: il sait exactement où toucher pour me faire mal.  Il peut s’agir de paroles, comme d’attitudes ou de ton de voix. Cela peut être également des situations dans lesquelles votre enfant choisit de mettre en oeuvre la stratégie de communication manipulatrice jusque là gagnante: le magasin, le préau de l’école, devant l’enseignant, devant les autres mamans, ou l’autre parent qui vient le chercher, etc. Pour des raisons qui vous appartiennent, ces situations actionnent en vous une émotion (la honte, la peur, la colère, l’angoisse) qui vous fait perdre pied plus rapidement que de raison. On appelle cela des déclencheurs.

La mise en danger ou mise sous pression dans ces situations, augmente à 100% le risque de vous faire abdiquer très rapidement; vos probables intentions:  garder la face, éviter votre enfant d’aller plus loin. Dans ces moments vous-vous mettez en situation de manipulation, et vous manipulez vous-mêmes la situation. 

Connaître et reconnaître ces points de vulnérabilité, ces déclencheurs  vous aide à opter pour des comportements qui empêcheront votre enfant de venir pousser sur ces points.

5. Déterminez-vous clairement dans vos limites (pour vous-mêmes!) et tenez-y fermement. 

La tentative de manipulation sert à mettre en péril l’autre dans son équilibre et insinuer le doute. Allé m’man stpl = Maman, t’es sûre que tu ne veux pas me laisser aller chez mon copain avant le dîner? 

Récit-exemple: alors que j’étais avec une Maman et ses 2 filles (6 et 7 ans) au centre commercial, nous passons devant un stand de pâtisseries avec café. Nous décidons de boire un café et d’offrir une boisson aux enfants. Les deux fillettes réclament des pâtisseries. Maman dit « non, vous avez déjà pris le goûter ». Les petites sont bien décidées (et je les comprends tout cela est très alléchant). « J’ai dit non répète la Maman » tout en regardant le stand avec envie…. « je suis gentille je vous offre déjà des boissons »: la séquence de manipulation vient de commencer. Les fillettes insistent mais Maman fait comme si de rien n’était et continue de commander ses boissons tout en discutant avec moi. Les fillettes discutent des pâtisseries qu’elles aimeraient bien, assez fort pour que Maman entende, puis ré-attaquent: « allez Maman, on mangé qu’un yogourt, on a encore faim « . Réponse de la Maman: « attends je parle… « , la faille est ouverte. Les fillettes continuent leur exploration: « moi j’aimerais celle là en regardant le vendeur », vendeur, qui à son tour regarde la Maman. (utilisation d’un tiers) Finalement je pose la question: « alors? qu’a décidé Maman? » Comme rappelée à sa responsabilité, la Maman me fait un grand sourire…« ok j’ai compris » me dit-elle. Elle achète une pâtisserie pour les deux, leur expliquant que c’est pour leur faire plaisir et que comme elles ont déjà pris le goûter à la maison, elle n’achète pas une à chacune. Sur un ton décidé et définitif. Les fillettes toutes contentes prennent place à côté de nous et se partagent leur pâtisserie après avoir remercié leur Maman.

La Maman a oublié ses principes, son cadre (de l’Art de poser des limites) et s’est laissée déstabiliser par ses filles. Peu importe qu’elle décide de faire une exception ou non, (manger moins d’une heure après le goûter ou juste avant le prochain repas)

L’important c’est de faire un choix, rapide suivant la situation, motivé par une conviction et annoncé avec conviction. Le oui comme le non doivent avoir poids égal dans la conviction. L’enfant ne peut pas entrer dans le cycle de manipulation lorsque son parent est décidé.

 

6. N’en voulez pas à votre enfant de vouloir obtenir ce qu’il désire dans la vie mais apprenez lui les bonnes façons de le faire. 

En effet, il est normal que les enfants cherchent à avoir ce qu’ils désirent. Le contraire serait inquiétant.

Cependant il existe les bonnes stratégies de communication qui amènent un résultat satisfaisant et les stratégies plus malheureuses qui amènent à la frustration ou au conflit. 

Au fur et à mesure que vous changez votre façon de répondre aux attentes et demandes de votre enfant, rediscutez avec lui,elle, au calme, comment finalement il a obtenu et/ou comment il pourrait obtenir ce qu’il souhaite sans vous mettre au défi ou sous pression.

Apprenez-lui à formuler ses demandes de façon claire, directe et à exprimer ses sentiments à son tour. 

Exemple: Alexis 12 ans, rentre de très mauvaise humeur de son entraînement de foot. Il jette ses chaussures en travers du couloir, jette son sac sur le canapé au lieu de le laisser comme attendu de lui, à la buanderie. Il maugrée chaque fois que son père le reprend, répond agressivement à sa soeur à table. Au moment de faire les devoirs, Alexis, élève plutôt studieux décide mettre les pieds au mur. Son père exaspéré finit par lui crier dessus et le menace de ne pas l’emmener au match samedi. Réponse immédiate d’Alexis: je m’en fous t façon t’avais pas envie d’aller t’es bien content. Le conflit monte entre père et fils. La tension reste très haute pendant 2 jours. Jusqu’au point où le vendredi Alexis lance à son père: « il y a pas de souci, ce soir je vais chez Arno ». « Son père à lui au moins il est cool pas comme toi. » Désemparé le père décide de téléphoner au père de Arno qui est son ami aussi. C’est alors que le père d’Alexis apprend que ce dernier a été invité à passer la nuit chez son ami Arno de vendredi à samedi afin d’aller au match tous ensemble le samedi matin. Persuadé que son père refuserait,ne sachant non plus pas comment dire à son père qu’il préférait aller au match avec son ami et son père,  Alexis a monté tout un stratagème manipulateur pour arriver à ses fins.

Très triste et en colère le papa d’Alexis a eu un moment difficile avant d’accepter de revenir sur la situation et en parler avec son fils.

Dans cette situation, le Papa a pu expliquer à son fils qu’il aurait pu lui expliquer qu’il se sentait assez grand maintenant pour passer une nuit chez son ami ainsi qu’aller au match avec lui. Que cela lui ferait plaisir que son Papa lui fasse cette confiance. Alexis avait aussi remarqué que son Papa se battait pour aligner ses rendez-vous clients pour ne pas manquer ses horaires de matches et qu’il avait envie aussi d’aider son papa en allant parfois sans lui.  Papa en garde de ses 2 enfants, très exigeant, très organisé, ses enfants avaient pour habitude de le faire plier en utilisant des stratégies manipulatrices. (séduction, urgences, détournement de son attention).

Pour la première fois Alexis utilise la provocation en s’attaquant à 2 de ses valeurs: Papa aime que tout soit rangé et les tâches respectées, car le travail bien fait est une valeur importante pour lui et l’organisation est un moyen pour lui de passer un maximum de temps avec ses enfants, autre valeur importante pour lui. Le père ainsi touché n’a pas su déjouer les pièges de la séquence de manipulation alors que son fils essayait maladroitement de lui demander quelque chose de simple et légitime à son âge: aller dormir chez son pote et se rendre au match sans son papa. 

Lorsque votre enfant vous demande quelque chose, écoutez-le.

Accordez à ses requêtes la considération qu’elles méritent. Cela ne signifie pas que vous y accédez systématiquement, ni immédiatement, mais que vous les recevez toujours. Le plus votre enfant sera confiant qu’il est entendu dans ses demandes, le moins il aura recours aux tentatives d’extorsion par la manipulation. 

7. Prenez sur vous, à votre charge, votre santé émotionnelle. 

Ne cédez pas aux tentatives de manipulation de votre enfant pour calmer votre anxiété ou votre sentiment de culpabilité ou de peur ou encore de colère.

Vous êtes responsable de garantir une bonne santé émotionnelle à vos enfants ET de vous donner les moyens de gérer la vôtre. 

Ce ne sont pas nos enfants qui nous rendent anxieux ou coupables. Nous l’étions avant leur arrivée, et la lourde responsabilité parentale qui pèse sur nos épaules depuis qu’ils sont là ont fait surgir ces émotions de manière exacerbée ou plus régulièrement ou de façon à ce que nous en prenions conscience.

Si nous voulons créer un climat, un espace propice à l’apprentissage de la communication efficace, non violente ou comme vous voudrez l’appeler, il est primordial d’apprendre à gérer l’expression des émotions de nos enfants.

Cela ne veut pas dire que l’on doit TOUT supporter sans rien dire, au contraire. Cela veut dire de savoir les repérer, puis de ne pas y accorder plus d’importance que cela en a réellement mais bien plus d’en décoder ce qu’elles expriment.

Fini les: « il,elle m’a encore fait », « il m’a encore joué son petit jeu de manipulation », « c’est incroyable comme il peut être manipulateur », ou je me suis encore fait(e) manipuler.

Remplaçons par: « il était en colère, son attitude a été difficile à gérer pour moi« , « il, elle a mis à sac sa chambre, je ne suis pas bien sûr(e) d’avoir compris pourquoi« .

Vous comprenez ici que l’on parle des faits et non pas de ce que ces faits ont eu comme impact émotionnel sur nous, ou en rendant l’enfant coupable de cet impact (ce que l’on fait quand on dit: il m’a fait.)

En réalité et pour conclure : acceptons notre rôle de poseur de limites et de guide vers une bonne communication.

Nos enfants ne font que leur travail: aux travers de leurs comportements ils nous demandent à nous TOUS adultes, cependant en priorité à leur parents, d’être leur leaders, de nous positionner clairement afin qu’ils puissent y voir clair sur leur chemin, et de leur enseigner à être fort à leur tour (dans le sens armés à la communication avec les autres).

Tous petits ils testent la solidité de notre corps et notre capacité à les tenir en sécurité (en nous sautant dessus, en se balançant dans nos bras la tête en arrière etc), puis avec le langage et la réflexion ils viennent s’assurer de la solidité de nos propos, de notre engagement, de notre solidité émotionnelle qui leur garantit leur propre confiance en eux et en leur place dans le monde extérieur.

MHM

%d blogueurs aiment cette page :