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Laurene a 3 enfants, 2 garçons et 1 fille de 12,10 et 7 ans. Maman divorcée depuis 2 ans.

Elle a la garde de ses enfants; elle travaille à 70%, jongle entre les horaires de ses enfants, ses horaires professionnels, les trajets entre la maison, l’accueil de jour pour ses enfants, le club de judo de son aîné, les entraînements de foot du second.

Elle s’efforce d’offrir un maximum de choses à ses enfants, de les éduquer dans un cadre organisé, avec des règles de vie, des heures de sommeil suffisant, quand elle peut elle fait les devoirs avec l’aîné; elle se culpabilise beaucoup de ne pas avoir de plus temps et souvent plus d’énergie pour sortir avec eux et leur offrir plus de fun.

Le weekend du Papa arrive! Youpiiie!!! les garçons sont super motivés, ils sont prêts en moins de temps qu’il faut pour le dire. Le Papa toujours à l’heure, pressé le plus souvent, échange quelques mots avec Laurene au sujet des enfants puis s’en va!

Laurene a son weekend  pour elle mais ne se détend pas. Que se passe-t-il?

papa super hero

Chez Papa c’est Disneyland!

On y fait tout ce qu’on veut et on s’y amuse comme des fous: dessins animés et jeux vidéos à volonté, pizzas, hamburgers, popcorns, chips, sodas, bonbons, bonbons, bonbons, pas de tâches, pas de vaisselle, dodo quand on en peut plus, et même pas le bain si on a pas envie!

Lorsque Papa ramène les enfants dimanche soir, l’échange est bref: tip top tout s’est bien passé! Tu m’étonnes! Les enfants bien que fatigués, sont tout excités, racontent bruyamment tout ce qu’ils ont fait avec Papa qui est trop coool! Même qu’on est allé au Parc aquatique avec son pote et les enfants de ce dernier.

Alors que Laurene essaye de demander le calme et de ranger les affaires, les enfants n’écoutent rien, exclu de faire les devoirs pas faits pendant chez Papa et grosse crise de commentaires désagréables lorsqu’il s’agit d’aller se coucher. Le lundi matin le réveil est difficile, les garçons ont remplacé leur exubérance par une mausse-attitude qui a le don d’exaspérer Laurene.

Un profond sentiment de lassitude et de solitude envahit Laurene qui a le sentiment de vivre que pour payer les factures à la fin du mois, assumer la vie des enfants: nourriture,santé, scolarité, sécurité, éducation et transmissions des valeurs.

Frustrée et dépitée, elle a de plus en plus de peine à éprouver du plaisir avec ses enfants, notamment les jours qui succèdent les weekends chez Papa, car elle a l’impression de tous les efforts qu’elle fait pour leur transmettre ses valeurs sont balayés en moins de 48 heures.

Alors qu’est-ce qui explique que ce Papa, qui auparavant, bien que très souvent absent pour son travail, s’impliquait dans l’éducation de ses enfants, semble être devenu le babysitter de ses enfants pour laisser un weekend sur deux de libre à son ex-épouse.

Les anglo-saxons appellent cela le syndrome Disneyland. 

Ce syndrome atteint des tas de Papas divorcés ou séparés partout dans le monde.

Première chose importante à noter ici: le divorce et la séparation d’avec les enfants est un réel tremblement de terre pour les Papas aussi. Certes ils sont moins enclins à s’exprimer sur leur désarroi; cependant il est important de s’arrêter un moment et de s’imaginer le vide que cela crée de devoir partir s’installer (ou rester) seul et de devoir rentrer sans plus entendre le brouhahas des enfants, de se lever sans eux le matin, de rentrer le vendredi soir et de se demander ce qu’on va faire tout le weekend.

D’aucunes diront qu’ils ne s’occupait pas plus que cela des enfants lorsqu’il était encore à la maison. Soit.

Il n’empêche que le choc du changement est rude, la confrontation à la nouvelle réalité guère plus simple pour les pères que pour le reste de la famille.  

Pour avoir discuté avec plusieurs d’entre eux, le fait de voir les enfants qu’à quinzaine, très rapidement les pères perdent le sens de leur présence et pensent qu’ils ne peuvent plus prendre de part active à leur éducation.  Ils ne savent plus ce qu’ils sont, ce qu’ils représentent vraiment pour leurs enfants qui changent si vite.

Peut-être ont-ils essuyé quelques revers de comportement, notamment avec les plus âgés, alors qu’ils tentaient de fixer des limites ou simplement de leur demander quelque chose.

Parfois ils sont désemparés devant la tristesse des plus petits qui supportent mal la séparation d’avec la maman.

Peu enclin à partager leurs préoccupations, ces Papas-là décident que le mieux est de passer du bon temps avec leurs enfants, loin de toutes contraintes, évitant ainsi toute confrontation ou échanges difficiles, se donnant par la même occasion, l’illusion de réparer les dommages du divorce.  

Et pour les Papas, passer du bon temps ressemble à Disneyland! On se lâche, comme s’ils confondaient leur besoin de lâcher la pression qu’ils vivent eux-mêmes avec le besoin de passer des bons moments avec Papa.  

Mais chaque médaille a son revers… alors…

Quels sont les effets pervers d’une telle attitude?

  • Les enfants risquent de se lasser avec le temps: même Disneyland quand on y va trop souvent on finit par s’y ennuyer.
  • Alors qu’ils pensent créer une bonne relation avec leurs enfants, en réalité ils construisent une relation superficielle basée sur le  plaisir matériel et l’absence de structure, l’absence de contraintes.
  • Les Papas risquent avec le temps de perdre leur crédibilité et dans le même temps, le respect de leurs enfants: Le jour où, pour une raison ou une autre, le Papa voudra exiger quelque chose de son aîné par exemple, ou se permettra de lui faire remarquer que la vie n’est pas seulement une partie de plaisir, sa crédibilité sera faible
  • Les enfants se bâtissent une image de leur père qui n’est pas ce qu’il est en réalité. En effet, s’ils voient leur Maman travailler toute la semaine et exiger un minimum d’aide, de cadre et de discipline, ils perçoivent leur père comme un super copain avec qui on s’amuse bien mais chez qui on n’apprend rien de la vie . De plus ils vont très vite s’imaginer que Papa est super riche alors que Maman dit toujours non parce que tout est très cher. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que pour Papa aussi c’est cher… et que lui aussi travaille comme un forcené toute la semaine.
  • Les Papas Disneyland risquent de perdre leur place de père modèle au profit d’un beau-père plus conséquent.

La chose la plus redoutée des pères est l’arrivée d’une nouvelle image paternelle au domicile de leurs enfants. Si d’aventure le “nouveau” de Madame est super investi dans l’éducation des enfants, alors c’est là que les choses risquent de sérieusement se compliquer.

Les enfants risquent dans un premier temps d’adorer ce nouveau Papa qui s’occupent d’eux, les aident à faire les devoirs, va les chercher à l’entraînement, et bricole au garage avec eux le weekend. Mais voilà que, solidaire de Maman, il commence à poser des limites… alors là non! « Tu n’est pas mon père et d’ailleurs même mon père ne me pose pas de limite »

L’enfant va cependant se sentir dans un difficile conflit affectif intérieur entre un père qui se comporte comme un copain, mais qui est son père et un homme qui se comporte comme un père mais qui ne l’est pas.

Pareille configuration n’est pas bonne pour l’identification de l’enfant au père dans la mesure où l’enfant sera partagé entre le choix d’un modèle qui le structure( le beau-père) et la loyauté affective à son père qui lui interdit ce choix.

C’est à l’adolescence que sortira cette phrase si douloureuse: “ouais mon père il est cool! Bon …c’est plus un bon pote que vraiment un père! Mais il est cool!”  

On pourrait allonger la liste des inconvénients d’un tel choix.

Car même “labelisé” sous le terme Syndrome du Papa Disneyland,  il s’agit bien d’un choix! D’un choix de positionnement personnel en tant que père: et il ne s’agit que de cela. 

L’important est de considérer ici les avantages pour TOUS, à rester un père même dans la distance, même dans la douleur de la séparation, même si c’est difficile.

  • L’enfant continue d’évoluer et de se construire dans deux espaces éducatifs différents mais qui font partie de ses racines, de son background.
  • L’enfant peut profiter de connaître son père de manière exclusive et donc peut-être plus en profondeur.
  • L’enfant réalise que, comme avant, même si Papa et Maman sont différents, ils possèdent tous les deux des valeurs qui sont importantes. Certaines d’entre elles sont le mêmes.
  • La cohérence dans l’éducation des enfants même dans la séparation crée un continum dans l’esprit des enfants qui pourront, malgré la nouvelle situation, dire : mes parents, comme entité parentale et non seulement: chez mon père, chez ma mère, ou mon père. ma mère de façon systématiquement différenciée.

Les héros ne sont jamais des personnages qui ont tout donné sans effort! Les héros sont des personnages qui ont donné de leur personne pour conduire et guider les autres vers leurs buts, leurs destinées, leurs rêves. Voulez-vous être les héros de vos enfants? Donnez de votre personne en marchant, luttant avec eux, à leur côté, pour qu’ils deviennent le meilleur d’eux mêmes.

Souvenons-nous qu’on garde en mémoire les fois où l’on nous a dit NON et du chemin qu’on a fait pour recevoir un oui! ET de la fierté et de la satisfaction que nous avons ressenti d’avoir répondu aux attentes de notre père.

Tout ce qui vient automatiquement, même sans qu’on le demande, perd avec le temps de sa saveur. On parle alors d’enfants gâtés et ce sont eux qu’on juge.

Chers Papas, si vous vivez votre rôle de mari comme un échec, que vous êtes blessés dans votre coeur d’homme, tout cela est légitime et bien compréhensible. 

Etre père est un rôle différent qui peut s’assumer et se vivre en dehors de tout autre rôle. A vous de choisir de ne pas le laisser tomber. 

Envie de changer cela:

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