Les-enfants-menti

Après avoir lutté avec lui  dans ses comportements parfois usants, voilà que votre adorable petit bonhomme qui a grandi, va à l’école et discute comme un grand avec vous pour votre plus grand plaisir, se met à vous mentir avec un aplomb qui vous déconcerte.

Si les premières distorsions de la réalité apparaissent vers l’âge de 4 ans, le mensonge sur des faits réels et vérifiables arrivent pour beaucoup de parents avec l’âge de la scolarité.

Votre enfant passe une partie de sa journée sans votre compagnie, avec d’autres personnes avec qui il doit “dealer” : la maîtresse, les camarades de classe, les animateurs de l’accueil de jour, les copains du quartier… Bref votre enfant est confronté à des tas de situations différentes tout au long de la journée.

Tant que tout va bien, aucune raison pour vous de soupçonner que votre tête blonde est capable de faire des choses qu’il tente de vous cacher ou de vous livrer sous un autre éclairage que la vérité.

Le profond sentiment de blessure et d’impuissance ressenti par le parent qui découvre pour la première fois que son enfant a menti est souvent vécu comme un tournant dans le relation. Certains parents le vivent très mal et comme une atteinte à leur personne, comme un ébranlement de tout ce en quoi il a cru jusque là.  La remise en question et la culpabilisation prennent le relai du sentiment de tristesse: qu’est-ce que j’ai fait de faux, (sous-entendu, j’étais tellement sûr de cultiver la confiance mutuelle), qu’est-ce j’ai loupé, (sous-entendu ; qu’est-ce que je n’ai pas vu chez mon enfant pour qu’il choisisse de me cacher des choses).

Tous ces sentiments sont normaux et légitimes. Cependant l’important est de ne pas en rester là et de voir comment gérer cette nouvelle réalité.

Laissons donc ces sentiments négatifs et douloureux pour essayer de comprendre ce qui se passe réellement.

Tout d’abord: que se passe-t-il dans le développement de l’enfant entre 7-11 ans ?

C’est une période qu’on appelle aussi l’âge de latence ou l’âge de raison. Petit à petit l’enfant sort de son égocentrisme pour s’intéresser aux autres et aux choses qui l’entourent. Il a une activité physique et mentale intense. Il aime faire des grands discours comme s’il s’écoutait être capable de parler comme les adultes. Son imagination déborde et est alimentée par ce qu’il apprend à l’école, par le contact avec les amis du quartier mais aussi les jeux, les jeux vidéos, les livres, les revues, la télévision etc. En mesure de faire des liens dans leurs connaissances, de développer des logiques, les enfants sont capables de s’inventer des histoires à mi-chemin entre la réalité et des mondes imaginaires incroyables.

Vers 7-8 ans l’enfant acquiert également de nouvelles facultés sociales: il s’intègre à un groupe, il s’en approprie les règles et les partage; c’est l’âge où il expérimente la solidarité, où il dénonce la triche, le mensonge. Puis vers 9 ans il commence de se soucier de ce les autres pensent de lui, comprend les enjeux d’être leader ou au contraire d’être l’exclu. Il va s’atteler à être du “bon côté » du groupe.

Vers 10 ans il commence à se détacher de ses parents; c’est-à-dire qu’il ne ressent plus le besoin de savoir où ils sont ou ce qu’ils font. Les enfants sont alors capables de passer des journées ensemble notamment en vacances sans jamais s’inquiéter de l’absence ou de la présence de leurs parents. C’est l’âge où il développe une véritable vie sociale en dehors de sa famille : il commence à partager de choses avec d’autres qu’il ne partage pas avec ses parents, des petits secrets entre amis, des histoires qu’il choisit de garder pour lui; il peut aussi s’attacher à un coach sportif par exemple et laisser son parent en dehors de cette relation. Le coach devient alors la référence au grand damne du parent qui se sent dépossédé de son rôle de conseiller.

Dans cette période l’enfant suit de manière plus consciente les discussions des adultes et perçoit aussi que parfois, ces derniers ont recours à une certaine distorsion de la vérité …

C’est dans ce contexte d’activité mentale et sociale intense que l’ enfant va formuler ses premiers mensonges.

Le mensonge est une stratégie de communication que tout le monde utilise. C’est que le mensonge a différents rôles que le petit humain découvre très tôt.

  • Eviter les conséquences de ses actes (punitions)
  • Affirmer sa personnalité
  • Protéger ceux qu’on aime

Une étude menée au Canada démontre que 60% des filles et des garçons de 6-8 ans mentent occasionnellement et 20% fréquemment.

La psychologue clinicienne, psychothérapeute Dana Castro, auteure de “ Petits silences, petits mensonges”* préconise de laisser ce droit à l’enfant: “c’est le considérer comme une personne à part entière, singulière et vraie qui va interagir avec ses parents”

Chez les plus jeunes (4-5 ans) il s’agit plus d’affabulations, de faire preuve de créativité pour décrire la réalité selon leur imagination que de vrais mensonges (tordre volontairement et consciemment les faits).

Ainsi des petits sont capables de raconter que leurs parents font des choses inouïes et impensables (mon Papa il porte sa voiture comme ça, au-dessus de la tête, ou désignant son père: c’est pas mon Papa) ou alors ils  racontent des exploits dont ils sont les héros. Le problème c’est que parfois cela peut porter à confusion et mener à des situations désagréables si on  prend ces récits au pied de la lettre, sans vérifier ce qui paraît bizarre.
Toutes ces affabulations servent à l’enfant à construire sa relation aux autres, à tester l’impact qu’ils peuvent avoir sur les adultes, et sur leurs paires; la découverte de ce pouvoir est la découverte d’un espace de liberté dont ils vont user à tort (et à travers) si le parent n’est pas là pour la canaliser sans la briser.

Entre 5-10 ans le mensonge, en tant que acte conscient, consistant à transformer l’information, est un moyen pour l’enfant de gérer une situation inconfortable, de tenter de se soustraire aux conséquences de ses actes, ou d’éviter de faire face à ses émotions du moment.  L’enfant utilise également le petit mensonge rapide pour éviter de parler plus longuement ou de garder quelque chose pour lui. 

Alors comment réagir face au mensonge?

  • Commencer par se rappeler que l’enfant ne cherche pas à vous blesser ou à vous déstabiliser: cela vous fait mal certes, et c’est votre enfant qui est en position de déstabilisation: il doit rendre des comptes de quelque chose dont il n’est pas fier.
  • Envisager cette échange comme un moment d’apprentissage pour votre enfant plutôt qu’une confrontation avec vous. Observez ses gestes, son ton de voix, son regard et mesurez son désarroi, sa gêne, sa lutte pour garder la face. Nul besoin de vous emporter il, elle est déjà assez mal comme cela. 

Si vous savez pertinemment qu’il, qu’elle vous ment, faites lui part de votre surprise et dites lui ce que vous savez et comment vous l’avez su, mais continuez de laisser le dialogue ouvert: « ah bon? T’es sûr de ce que tu me racontes là? »  L’enfant va entrer dans une phase de justification qui est le meilleur indice du mensonge.  Alors continuez:  » ah bon parce que j’ai discuté avec ta maîtresse pendant que tu discutais avec ta copine et elle m’a dit que …. » S’il persiste dans son mensonge:

  • Reconnaissez son sentiment de crainte, de malaise ou de fierté: « je comprends que tu sois inquiet des conséquences que tu risque d’avoir » ou « je comprends que tu ne sois pas très à l’aise là … ou encore  » je comprends que c’est pas facile d’admettre que tu as fait un truc pas terrible »
  • Confirmez que vous savez que sa version n’est pas la vérité et que vous lui laissez un moment pour réfléchir à comment il pourrait rétablir la vérité pour se sentir moins mal.
  • Créez un climat de confiance: vous n’êtes pas fâché, ni déçu, (c’est à lui-même qu’il fait du tort) mais vous n’acceptez pas: ni le mensonge, ni ce qu’il a fait; vous êtes à l’aise avec l’idée que le mensonge doit avoir une conséquence.

Exemple: « je ne suis pas fâché contre toi que tu ne puisses pas dire la vérité, tu comprends cependant que je ne peux pas accepter et que comme tu te l’imagines il y aura une conséquence. Alors quand tu es prêt on en discute et on règle cette histoire. En attendant on retourne à nos activités, toi tu fais tes devoirs, moi je prépare le dîner. »

S’il, elle se fâche ou tente de recommencer à se justifier, dites lui calmement que vous n’entrez plus dans aucune discussion si ce n’est pas pour dire la vérité. Et vaquez à vos occupations.

Lorsque votre enfant est décidé à vous raconter ce qu’il c’est réellement passé, écoutez-le puis questionnez le sur ses sentiments, sur les sentiments qu’il l’ont poussé à d’abord raconter un mensonge ainsi que sur ce qu’il elle ressent maintenant qu’il, elle a dit la vérité. Cela l’aidera à comprendre sa stratégie et à ressentir dans quel état ça le met.

  • Reconnaissez ses efforts et la fierté que vous ressentez. 
  • Rappelez- lui qu’il y a quand même des conséquences et faites lui en part. (de manière proportionnée).
  • Lorsqu’il a fait ce que vous attendiez de lui, d’elle, remerciez-le, remerciez-la, et terminez l’histoire. “ merci pour tes efforts, ça me fait plaisir de voir que tu as compris. On en reste là pour cette histoire? OK Give me 5 ou s’il est encore petit “serre moi fort (un câlin)” je t’aime si fort tu sais…

Si vous soupçonnez que votre enfant ment mais n’avez rien présentement pour vous le confirmer :

Exemple: La maman de la petite K, 6 ans me raconte que K revient de l’école avec son T-shirt déchiré et une griffure dans le cou. Rien de bien grave mais manifestement sa fille s’est battue. Avant que sa mère puisse poser la moindre question K s’engage dans un récit enflammé visant à rendre responsable son copain de classe. Cette attitude défensive laisse entrevoir le mensonge.

Questionnez le, la sans virer à l’interrogatoire de police! Exemple: “attends là, je ne comprends pas bien ce que tu me racontes. Reprenez ce qu’il vous dit : “ tu étais dans la cour tranquillement en train de jouer avec tes copines  et L est arrivé. Et là que c’est-il  passé? Hmm Il t’a sauté dessus comme cela sans raison… tu lui as même pas parlé et il t’a sauté dessus?… » alors la description va commencer à changer. 

Amenez votre enfant à reconnaître sa part de responsabilité dans l’évènement. Questionnez-le sur ce qu’il pense de son geste s’il a finalement tapé en premier ou même s’il a seulement rendu: “ et faire ça? tu trouves ça bien toi? “ Attention au ton sur lequel vous posez la question? C’est une question que vous posez! Ce n’est pas une accusation sur la forme interrogative!!

Il prend ainsi conscience qu’il sait que ce n’est pas approprié.

S’il refuse de vous raconter alors faites ce que votre enfant attend de vous: que vous preniez le temps de suivre l’affaire et chercher les informations qui vous manquent. C’est une façon pour l’enfant de s’assurer que vous êtes concernés par ce qu’il lui arrive en dehors de la maison, une façon d’accaparer votre temps pour sa propre situation.

« Je vois que tu ne veux pas me raconter cependant moi j’ai besoin de savoir ce qu’il t’es réellement arrivé et la part de ta responsabilité. Je parlerai avec ton Papa de ce qui est le mieux de faire,  j’irai trouver ta maîtresse, la maman de ton copain etc.” En attendant va faire tes devoirs etc…. “

  • Pour la suite c’est la même chose.

La gestion des mensonges est importante pour

  • apprendre à construire la relation à l’autre. Interdire le mensonge n’a pas de sens car il est quasi impossible de ne jamais mentir. Il est préférable de prôner l’honnêteté, la transparence  et la confiance mutuelle comme valeurs familiales.
  • apprendre à gérer ses sentiments de honte et apprendre à prendre ses responsabilités. Tout le monde a droit à l’erreur pour apprendre à faire mieux. Bien éduqué dans sa gestion émotionnelle, sagement guidé à gérer les informations qu’il divulgue et les conséquences qui en découlent, l’enfant deviendra un adolescent conscient de sa responsabilité et gèrera beaucoup mieux cet espace de liberté d’expression: « je ne fais pas tout ce que je veux, mais je choisis tout ce que je fais, sachant que chaque acte a sa conséquence: positive ou négative. »
  • Consolider la confiance entre vous et vos enfants.

A éviter de faire face au mensonge: 

  • Se fâcher systématiquement ou culpabiliser l’enfant sur le fait qu’il a menti ne lui apprend pas à gérer ce “défaut de communication”; cela l’enfonce dans un monde qui n’a pas de sens: “le mensonge comme la vérité amènent à la colère de mes parents”. Il ne peut pas prendre confiance en lui, ni en votre parole. Il développera des stratégies d’évitement.
  • Ignorer le mensonge a le même effet que y sur-réagir. Il enferme l’enfant dans une logique de communication qui ne construit ni sa confiance en lui, ni sa confiance en les autres: « je mens car ça me permet de tout faire, mes parents se rendent compte de rien et de toutes les façons ils ne cherchent même pas à savoir « (sous-entendu: ils ne m’accordent pas d’attention).
  • Faire du mensonge un “grosse affaire morale” n’est pas constructif non plus. Faire de longs discours autour du fait que votre enfant a menti, en insistant en plus sur le fait que c’est très blessant et que cela ne se fait pas, surtout pas dans votre famille et que et que et que… ne va que pousser l’enfant à mentir par omission. Il apprendra: « C’est mieux de ne rien dire que de prendre le risque de dire quelque chose que peut-être ils vont pas croire…..ça va faire de monstres histoires. »

L’importance des conséquences. 

Le mensonge est un acte qui implique une conséquence au même titre que les autres bêtises.

Cependant il vaut la peine de nuancer.

  • Quand les enfants sont encore petits. il est important de donner une conséquence à la bêtise, plus que au fait qu’il ait menti. Le mensonge étant un moyen de gérer la situation c’est plus important qu’il apprenne de la situation. Il est cependant important de lui répéter sans cesse qu’il vaut mieux dire la vérité car c’est comme cela qu’on construit la confiance.
  • Lorsqu’ils deviennent plus grands et qu’ils comprennent bien la visée de leur mensonge ou que leur mensonge aggrave la situation alors il est important que les conséquences soient relatives aux deux: au mensonge et au sujet du dit mensonge.

Quels sont les objectifs importants: 

  • Apprendre à l’enfant comment composer avec les situations inconfortables, les erreurs commises autrement que en mentant.
  • Apprendre que si le mensonge permet un petit délai avant de devoir faire face à son comportement, les conséquences de ses actes finissent toujours par arriver. Mentir de fait rallonge le problème sans jamais le résoudre.
  • Apprendre à l’enfant les conséquences qu’un mensonge peut avoir surtout quand il implique d’autres personnes.
  • Apprendre que le mensonge peut l’éloigner des autres et entacher la relation qu’il entretient avec vous ou/et ses paires. Car personne n’aime qu’on lui mente car il se sent trompé, parfois trahi. Si le mensonge devient son moyen de communiquer alors il risque de perdre ses amis ou tout du moins leur confiance et la vôtre aussi.
  • Apprendre que mentir c’est: raconter autre chose que ce qui s’est passé, en dire qu’une partie, ou ne pas en parler du tout (mensonge par omission).

Si on peut discuter un moment de savoir si l’omission est un mensonge ou pas, l’important est de noter que l’omission amène les mêmes complications que la déformation de l’information.

Ce qu’il est important de garder à l’esprit:

Ne jamais prendre le mensonge comme une offense à votre personne, ni un signe d’immoralité de votre enfant, ni d’un manque d’éducation de votre part, mais bien comme un choix de communication visant à gérer une situation inconfortable ou à éviter les conséquences d’une bêtise.

Mettre de côté vos sentiments de tristesse, de colère, de déception pour vous concentrer sur votre souci d’aider votre enfant à s’exprimer en confiance,  dire la vérité et d’en comprendre l’importance.

Etre clair avec vous-mêmes sur les conséquences que vous allez imposer.

Ne pas trahir la confiance que vous travaillez à  instaurer avec votre enfant en vous énervant une fois que vous avez appris la vérité. Il en déduira qu’il vaut mieux ne jamais avouer car après c’est encore pire.

Transmettre à votre enfant que quoique qu’il fasse de faux, d’incongru ou de vraiment inattendu, vous l’aimez par dessus-tout et que rien ne changera jamais ce sentiment.

Il n’y a pas de façon unique de réagir au mensonge. Cela dépend de chaque situation. Cet article donne un aperçu. N’hésitez pas à soumettre vos exemples de situation. Je répondrai à certaines d’entre elles comme exemple de cas.

N’hésitez pas à laisser vos commentaires, questions ou compléments

MHM

A lire pour en apprendre plus:

Dans Psychologie: quand les enfants nous racontent des histoires

 

Dana Castro, Petits silences, petites mensonges, Le jardin secret de l’enfant

Albin Michel, 2012

Petits silences, petits secrets

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