Un bon comportement n’est pas “magique”! Si certains enfants sont plus “faciles” que d’autres, savoir adapter son comportement est une compétence ou plutôt l’ensemble de 3 compétences. Dr James Lehmann, Spécialiste des questions de l’Enfance et Adolescence avec trouble de l’opposition

  1. Savoir lire et comprendre son entourage
  2. Comprendre la notion de conséquences
  3. Savoir trouver des solutions aux situations

Naturellement cela prend du temps,l’apprentissage est graduel. On comprend dès lors que le comportement de l’enfant est étroitement lié à ce qu’il apprend et à comment il l’apprend.

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Et qui est susceptible de lui apprendre tout cela ? Prioritairement les parents, puis les membres actifs de la famille (Grands Parents, et autres parents susceptibles de participer à l’éducation de l’enfant) puis l’école, puis tous les instructeurs qu’il rencontrera dans sa vie: l’entraîneur, le professeur de musique, le maître de stage, le maître d’apprentissage etc.

Ici je souhaite traiter du sujet qui pose le plus de questions:

Apprentissage par conséquences ou sans conséquences?

Les débats sont nombreux autour de cette question.

  • Faut-il punir ou pas?
  • Faut-il mettre des conséquences ou pas?
  • Est-il mieux de parler de conséquences que de punitions
  • Quelle est la différence entre punition et conséquence
  • Oui mais alors quel type de conséquences ?
  • Les récompenses sont-elles aussi inutiles que les punitions?
  • Quand faut-il récompenser?
  • Quand faut-il pas récompenser?
  • Qu’est-ce que cela apporte de donner des conséquences aux actes?

Afin que nous parlions des mêmes choses, il ne sera pas utilisé ici le terme de punition; personnellement j’utilise le terme de conséquences. 

A tout comportement est lié une conséquence. Positive ou négative.

La question de « donner des conséquences ou pas« , se pose souvent en éducation, (à l’école comme à la maison) car l’on perçoit d’abord le terme de conséquence en valeur négative.

En réalité la conséquence est ce qui suit un acte qui en est la cause. Le Larousse donne comme première définition: « suite logique entraînée par un fait qui en est la cause »

Si vous ne mangez rien pendant 3 jours, la conséquence est évidente: vous aurez faim. Si vous ne mettez pas d’essence dans la voiture, la voiture finira par s’arrêter. Si vous dépensez plus que vous ne gagnez, vous vous endettez. Si vous buvez beaucoup, vous irez souvent aux toilettes. Etc.. Il n’y a pas de comportement sans conséquence; que cette conséquence soit fâcheuse, heureuse, démesurée, sous-estimée, choisie par un tiers, inhérente à une loi, dictée par un code disciplinaire, à un comportement, une conséquence existe toujours.

Dans ce sens, la récompense est la conséquence positive d’un choix, d’un acte, d’un comportement. Vous faites du sport régulièrement, vous vous sentez bien dans votre corps, l’équipe gagne son match, les joueurs sont heureux, peut-être ils remportent une coupe. Là encore cette récompense peut-être décidée par un tiers, liée à l’organisme (plaisir), sur-évaluée, sous-évaluée, démesurée etc.

Dans le cadre de l’éducation parentale, nous pensons le plus souvent aux conséquences que NOUS décidons d’appliquer ou non, aux actes ou comportements de nos enfants.

Apprendre que à tout acte suit une conséquence,  est le début de l’apprentissage de la responsabilité.

Lorsque l’être humain atteint sa majorité, légalement, il devient responsable de ses actes. Cela veut dire qu’il assume d’avance les conséquences de ses choix. Comment rendre un adolescent serein face à cette nouvelle responsabilité, si toute son enfance durant, ses parents ont pensé, en toute bonne foi, que cela n’était pas positif pour sa maturation d’être confronté à des conséquences, ou que soucieux, de ses réactions, ils ont le plus souvent choisi de le couvrir, ou d’opter pour des stratégies visant à lui éviter la confrontation à ses mauvais choix?

Il est préférable que votre enfant apprenne de vous, des choses que la société finira par lui apprendre à ses dépens. Il serait en droit de vous en vouloir de ne pas avoir voulu endosser ce rôle.

Alors pourquoi tous ces débats autour de l’utilité ou l’inutilité de la punition, des conséquences dans l’éducation des enfants?

Encore une fois, parce que l’on s’attarde sur l’aspect négatif ou une formulation négative de la question: faut-il sanctionner les mauvais comportements? Si oui comment, lesquels, à quelle fréquence? Ainsi considérées négativement, les conséquences deviennent des choses à éviter au profit d’un apprentissage par expérience, ou exploration libre. Mais quel adulte s’est fait tout seul?

Attardons-nous un instant sur les mauvais comportements. Pour ma part, je préfère parler de comportements inappropriés  car « mauvais » est un qualificatif qui s’applique dans un contexte et pas dans un autre. Inapproprié signifie invariablement : pas acceptable dans le contexte donné,

Exemple: crier n’est pas un mauvais comportement en soi. Crier dans une salle de lecture à la bibliothèque où les gens lisent ou étudient en silence n’est pas approprié.

Les conséquences, les sanctions, être punis, ne fait en soi, pas changer les comportements.

Qui ne s’est jamais fait prendre au radar et payé une amende? Combien de personnes ont-elles drastiquement changé de comportement au volant après avoir pris une amende? Je veux dire entre 2 radars?

Les personnes qui aiment rouler vite continueront de le faire, les gens pressés rouleront tout en priant qu’il n’y ait pas de radar,  les gens pour qui 120 euros d’amende grèvent leur budget déjà serré rouleront plus doucement, les personnes prudentes, ou soucieuses de bien faire et de respecter scrupuleusement la loi, ne verront jamais les limitations comme contraignantes et donc ne prendront pas d’amende.

On voit donc bien que la sanction, la conséquence, n’a pas la portée souhaitée, ou idéale, qui serait de rendre chaque automobiliste concerné par la sécurité routière, donc responsable et conscient de la sécurité en général, de la sienne comme de celle des autres; la sécurité routière étant le premier objectif visé par les limitations de vitesse, l’amende étant le moyen de les faire respecter ou de dissuader.

Ce qui rend les gens attentifs et responsables sont la prévention, les expériences (négatives ou positives), et le sentiment d’être connectés les uns aux autres. Dans le sens les autres ont autant d’importance que moi.

Lorsque le parent pose des conséquences à son enfant, la conséquence seule, ne fait pas changer le comportement sur le fond. Il peut faire changer le comportement par stratégie d’évitement: « je ne veux pas encore être privé de sortie, je ne veux plus devoir aller dans ma chambre »etc. Alors pourquoi petit à petit l’enfant ne fait plus cas des « mises au coin » et autres conséquences,  préférant continuer ce qu’il fait plutôt que satisfaire les demandes de son parent?

Dans la conséquence l’enfant doit apprendre 3 choses capitales:

  1. tout comportement entraîne une conséquence (positive ou négative) et
  2. en quoi son comportement n’est pas approprié. (valeur familiale, code social, code de conduite culturel, ou lié au lieu, stratégies erronées, loi universelle etc..),
  3. par quoi remplacer ce comportement inapproprié.

C’est le processus d’apprentissage qui s’associe à la conséquence qui va changer le comportement d’un enfant. Dr. J. Lehmann. 

Situation: La maman de Elisa m’appelle car sa fille de 9 ans s’est mise à voler des affaires à ses camarades de classe.

1. Conséquences: ses copines sont fâchées avec elle; ses copines sont privées de ce qui leur appartenaient. Donc conséquences logiques et automatiques.

2. Autres conséquences directes: E. éprouve un sentiment de culpabilité et probablement de honte face  aux adultes lorsque la maîtresse confie le problème à la maman en sa présence.

3. Doit-on mettre une conséquence autre? Oui liée à la réparation: rendre les objets subtilisés, et s’excuser: règles et codes de respect. Apprentissage des valeurs: on ne s’approprie pas ce qui ne nous appartient pas, on présente ses excuses lorsqu’on  a blessé ou lésé quelqu’un.

4. Elisa doit-elle être privée de quelque chose? Non, et en tous les cas pas de quelque chose qui n’est en rien en lien avec son acte. Prendre le temps qu’elle a pour regarder ses 30 minutes quotidiennes de TV à  faire un dessin d’excuse pour ses camarades de classe sera plus bénéfique et significatif que « pas de télé pendant 3 jours« .

5. En quoi son comportement n’est pas approprié? Même si une raison bien valable pour elle l’a poussée à faire cela, la solution trouvée à son problème n’est pas la bonne. « Tu as opté pour une mauvaise stratégie » « Personne ne mérite d’être délesté de ses affaires personnelles, ni toi, ni aucune de tes copines de classe, ni personne d’autre ».

6. Par quoi remplacer ce comportement? Raconter à quelqu’un ce qui te tracasse, demander à tes parents ce qui te fait si envie et que tu ne sembles pas pouvoir obtenir. Faire quelque chose chaque fois que l’envie vient: signal d’alerte.

Dans un cas comme celui-là les parents doivent également s’investir dans les solutions et dans les changements de comportements.

Il n’y pas besoin d’avoir des soucis aussi aigus pour intervenir auprès de ses enfants.

Lorsque l’enfant présente un comportement inapproprié, il doit en prendre conscience, le comprendre ET pouvoir mettre un sens à en changer.

Donner un sens à ce que l’on fait augmente la motivation à le faire. Que ce soit négativement ou positivement. 

A contrario, devoir obéir sans comprendre, ou faire de manière répétitive des choses qui n’ont aucun sens pour soi, rend agressif et aussi obstiné que la règle l’est.

La motivation de l’enfant est alors de tout faire pour changer ou éviter cette situation en s’y opposant.  

Instaurer des conséquences, et apprendre aux enfants qu’il y en a et qu’il y en aura toujours est un devoir parental. C’est apprendre à son enfant à devenir responsable et conscient de ses actes, de ses comportements.  C’est l’aider à se connaître et apprendre à être face aux autres. 

  • Instaurer des conséquences demande d’être très au clair sur les valeurs que nous souhaitons transmettre à nos enfants, puis de bien cerner ce que nous souhaitons apprendre à l’enfant au travers nos interventions, de nos discours: apprendre à demander, apprendre à respecter les autres, apprendre à partager, apprendre à respecter ses engagements, apprendre à travailler, apprendre à mettre des priorités etc.
  • Instaurer des conséquences demande une bonne observation et une bonne connaissance de ses enfants: chacun de nos enfants est différent et réagit donc différemment. Bien les connaître et bien accepter leurs différences permet de sagement adapter nos comportements à leur personnalité.
  • Instaurer des conséquences demande de la patience et de la rigueur. Plus les enfants sont petits. plus il faut de la patience et répéter. Tout le temps consacré dans la petite enfance est un gain de temps pour plus tard. C’est la régularité et la cohérence de nos comportements qui permettra le mieux à l’enfant de comprendre et d’apprendre les comportements favorables et ainsi devenir responsable et autonome.
  • Instaurer des conséquences demande souplesse et modération. Ni trop, ni trop peu. Au bon moment (timing) et au bon endroit.

Il va sans dire que je ne peux que dissuader tout parent à quelconques conséquences ou punitions sous forme de violence, qu’elle soit physique, ou psychologique.

Il existe beaucoup de littérature sur le sujet. J’en suggère 2 que j’apprécie pour leur clarté et simplicité. Cependant l’important est de faire des choses qui nous correspondent; poser des conséquences est avant tout une question de feeling et de connexion avec soi-même, ses enfants et de particularité de chacun d’eux.

Vous l’aurez compris il n’y a pas de recette miracle, ni de phrase type, ou de comportements totalement erronés à part ceux qui contraignent l’enfant dans des sentiments qui l’empêchent de grandir ou de prendre confiance en lui: menaces, chantages, manipulations, domination, ordres et contre-ordre, humiliations.

J’ai écrit cet article car je rencontre nombre de parents un peu perdus sur la question, ne sachant plus ce qu’ils ont le « droit de faire« , ce qui est « bien de faire » pour être un parent bienveillant et positif. Alors je dis à tous les parents,

faites ce que votre coeur vous dicte de faire, gardez cependant à l’esprit que vos enfants sont des petits êtres en formation et que vous êtes leur plus important enseignant. 

Article complémentaire: De l’art de poser des limites.

L’EQUILIBRE FAMILIAL EST A LA PORTEE DE TOUS

MHM